LIVRE DIX-HU1TIKWE. I I
que le cas de la récidive qui pût autoriser son scrupule, Henri n'ayant encore jamais manqué de parole à qui que ce fût; ce qui faisait encore, lui disait-il , que personne ne pouvait si bien le conseiller que sa propre conscience. D'Escures et lui travaillèrent avec la même apparence de sincérité à le rassurer , et à le mettre en défiance contre les donneurs d'avis.
A tout cela le comte ne répondit autre chose sinon qu'il ne voulait rien risquer lorsqu'il s'agissait de sa téte; qu'il n'était aimé ni du roi, ni de la reine, ni des princes du sang ; que le grandécuyer était son ennemi mortel; que le silence de ses amis en cette occasion était une preuve que sa perte était décidée; que personne ne parlait pour lui auprès de sa majesté ; qu'il ne recevait aucune lettre de Villeroi, de Sillery , ni de moi , parce que nous ne voulions pas qu'on nous reprochât d'avoir été les instrumens de sa perte; que le connétable ne lui écrivait point non plus , de peur de se rendre suspect lui-même. La marquise de Verneuil fut celle dont il parut le plus mécontent. Il dit qu'à défaut de crime véritable , il connaissait sa sœur capable de lui en imputer de faux pour faire sa paix avec le roi à ses dépens. Il conclut par de nouveaux sermens de ne pas se laisser tirer de sa retraite. Comme il ne se doutait point que d'Escures et Murât fussent veiv. 8
Il4 MÉMOIRES DE SULLY.
nus à dessein de le lui persuader, il leur dit qu'il avait songé que Vitry devait arriver dans trois jours, dans le dessein de le gagner par de belles paroles; mais qu'il y perdrait son temps.
Cette retraite était Vie, méchante maison, et sans aucune commodité, mais située au milieu d'un bois, où d'Auvergne passait les jours entiers sous prétexte de la chasse. Quand on n'aurait pas eu des preuves de son crime, ses craintes, ses alarmes, son agitation, qui allait jusqu'au dérangement d'esprit, son air, son visage, toute sa personne portaient témoignage contre lui. Il n'y eut jamais de vie plus misérable que celle qu'il menait. Ce qu'il souffrait intérieurement vengeait d'avance le roi et l'état. Il n'osait ni demeurer chez lui ni s'en éloigner. On ne le voyait plus dans aucune des villes voisines. Il avait cessé d'aller chez les gentilshommes ses meilleurs amis. Il ne se fiait pas à sa propre maîtresse , qui était une certaine madame de Château-Gay , il ne la visitait plus chez elle. Lorsqu'il voulait la voir, c'était dans un village écarté, ou dans le milieu de la campagne qu'il prenait son rendez-vous , toujours de nuit , et jamais deux fois de suite dans le même endroit. Des valets postés sur les lieux élevés dans les environs, étaient chargés de l'avertir, lorsqu'ils voyaient paraître quelqu'un, en sonnant d'un cor, qui n'était destiné qu'à cet usage, et quel-