LIVRE DIX-HUITIÈME. Il
quefois c'étaient aussi des chiens qu'il employait à sa garde.
* * Avec ces précautions , il défiait tous ses ennemis i et il se vantait avec fierté, et avec plus d'imprudence encore , de les tromper et de leur échapper toujours. Mais avec cela il n'avait rien de fixe dans ses résolutions. Il ne voulait jamais deux momens de suite la même chose ; et cet homme si avisé connut si peu ceux^qui étaient venus pour le perdre, qu'il en fit ses amis, les prit pour ses conseillers , et fut près mille fois de se mettre à leur discrétion; c'est que la prudence n'est pas une qualité donnée à la mauvaise conscience. Pour peu que d'Auvergne en eût pu faire usage, il aurait vu qu'il n'y avait plus rien de sûr pour lui que de se retirer au plus vite en Espagne , et c'est le seul dessein peut-être à quoi il ne pensa pas. Au moment qu'il paraissait à d'Escures et à Murât déterminé à ne pas s'exposer, il leur tenait un langage tout différent. Il leur manda un jour de venir le trouver à trois lieues de chez lui. Cet ordre les jeta d'abord dans l'inquiétude, ils y allèrent pourtant; c'était pour leur dire qu'il était résolu à aller se présenter au roi. Sa majesté, à qui ils le mandèrent aussitôt , et qui le crut encore davantage sur un faux bruit qu'on y joignit, m'écrivit, le 19 novembre, que d'Auvergne était à Moret, tout près d'arriver à Paris. Ils
1 lt> MÉMOIRES DE SULLY.
n'avaient point été en cela trompés par le comte; c'est lui-même qui l'avait été par sa propre inconstance; car il était le premier à les retenir auprès de lui lorsqu'ils lui témoignaient vouloir s'en retourner, et il les remettait pour dernière réponse au retour de Fougeu, dont il croyait tirer de grands éclaircissemens ; à quoi les deux agens paraissaient déférer par pure complaisance.
Je tire tout ce détail des lettres de Murât. J'en reçus en même temps du comte d'Auvergne luimême. Il s'était plaint aux deux agens de n'avoir point reçu de réponse à quatre lettres qu'il disait m'avoir écrites. Il m'en vint effectivement quatre de sa part , mais tout à la fois , et d'une écriture si semblable, quoique de dates fort éloignées l'une de l'autre , que je vis tout d'abord ce que j'en devais croire. Il y a apparence que dans le commencement d'Auvergne ne songea point à moi , ou qu'il crut avoir des raisons pour ne pas s'y adresser, mais que dans la suite, croyant ce moyen fort propre à faire sa paix, car il entretint souvent de moi les deux agens , il y eut recours , avec la finesse usée d'antidater ses lettres, pour me prouver qu'il avait toujours eu cette pensée.
Si l'intention du comte fut de tirer de moi une promesse qu'il pût faire valoir de caution dans l'occasion, il se trompa fort. Je lui fis réponse, à