‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 6 sur 245 · LIVRE DIX-SEPTIÈME. l · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIÈME. l

dre pour le roi, s'il voulait éviter, et le blâme qu'il encourrait en agissant autrement, et le danger qui en résulterait, tant pour letat que pour sa personne même. Ce n'est pas là assurément parler en homme de cour ; mais ni son sentiment, ni celui de Villeroi ne furent suivis ; le reste des conseillers témoigna d'un seul mot qu'avant que de passer plus avant sur lé fond, il en serait parlé à sa majesté. Ainsi se termina cette séance.

J'allai le lendemain chercher à parler à sa majesté en particulier, et ayant mis tout d'abord sur le tapis la délibération de la veille, je vis que ce prince attendait que je lui disse ce que j'en pensais. Je ne balançai point sur le parti que j'avais à prendre, et la vérité m'oblige à dire qu'il ne fut pas favorable aux jésuites \ Je dis à sa majesté que je ne comprenais pas comment, après un arrêt du parlement, qu'elle-même avait fait donner , et pour une cause aussi grave et aussi juste", elle se laissait encore prévenir en faveur d'un ordre dont elle n'avait que du mal à attendre, et pour l'état, et pour elle-même. Je ne pus m'empêcher de la faire souvenir du roi d'Angleterre. Comme je n'avais pas intention de m'éten-

' II est marqué dans les manuscrits de la bibliothèque du Roi, que nous avons déjà cités, que Sully, Bouillon, Maupou, etc., firent tout leur possible pour détourner le roi de sa résolution.

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dre en longs discours, je me contentai de supplier ce prince de me dispenser de délibérer dans une affaire si odieuse , ou du moins de me commander si absolument et si précisément ce que j'avais à faire , que je trouvasse mon excuse dans la nécessité de mon obéissance. « Oh bien oh bien ! « me dit Henri, puisque nous avons le loisir de > « discourir là-dessus, et que vous êtes ici tout « seul, dites-moi librement ce que vous appréhen- « dez de ce rétablissement , et puis je vous dirai « aussi ce que j'en espère, afin de voir de quel « côté penchera la balance. » Je voulus encore m'en défendre, en disant qu'il n'y a rien de si inutile que ce que me demandait sa majesté, puisqu'elle avait déjà pris son parti. Il répliqua qu'il ne laisserait pas d'avoir égard à mes raisons ; et enfin il m'ordonna si absolument de le faire, qu'il n'y eut plus moyen de reculer.

Il n'y a aucun avantage pour l'état à espérer dans le rétablissement des jésuites en France qu'on ne puisse se promettre de tous les autres ordres religieux, et les jésuites ont de plus des raisons particulières d'exclusion, fondées sur les inconvéniens qui suivent de leur établissement dans ce royaume. Ces raisons et ces inconvéniens ont rapport à quatre chefs dont on va d'abord sentir toute l'importance : la religion, la politique extérieure, la politique intérieure ou le gouver-

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