‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 51 sur 245 · LIVRE DIX-HUITIEME. I · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-HUITIEME. I

*la vérité, mais comme si je n'avais eu rien de meilleur, ni de plus à lui dire, que ce que j'avais difau maréchal de Biron dans un cas semblable au sien. Il se vit traiter de criminel d'état , sans que cela pût augmenter sa défiance ; et pour dire tout, c'était une copie de la lettre même que j'avais écrite à ce maréchal , qui composait en entier v*P celle que j'écrivis à d'Auvergne; et il ne put l'ignorer, puisque je l'en avertissais formellement. C'est par ce contre-coup, d'une invention assurément fort nouvelle, que je fis entendre à d'Auvergne qu'il ne devait ni attribuer au roi des dispositions contre lui qu'il n'avait point, ni négliger les conseils que je lui avais souvent donnés auparavant sur la manière de se conduire , ni supposer des faits et des bruits dont il ne trouvait de fondement que dans sa propre conscience inquiète et troublée; c'est tout ce que je mandai au coupable, et il trouva, dans sa disgrâce, ce procédé si éloigné de toute supercherie, qu'il s'en loua beaucoup.

D'Escures et Murât trouvèrent enfin une occasion telle qu'ils la cherchaient depuis long-temps. On faisait une revue de la compagnie des chevaulégers de M. de Vendôme. Ils communiquèrent à d'Erre 1 , qui les commandait , le dessein qui leur vint à ce sujet, et les officiers-généraux de cette

• Et mieux d'Eurre, ou d'Eure.

troupe s'y étant prêtés, voici comment tout se% passa. D'Eure alla trouver le comte, et lui dit qu'étant colonel-général de la cavalerie légère', il se trouverait sans doute à cette revue. D'Auvergne n'y vit aucun danger, parce qu'outre qu'iî était monté sur un cheval qui allait, disait-il, plus vite V que le vent, et qu'il avait accoutumé effective- ■ ment à faire dix lieues à toutes jambes et d'une haleine, il était bien résolu de n'entrer dans aucun lieu clos ni étroit, encore moins de mettre pied à terre. Il y vint donc ; Nérestan 1 s'avança à lui pour le saluer à la tête de toute sa troupe , monté sur une fort petite haquenée , et suivi seulement de quatre laquais ; mais ces laquais étaient quatre soldats robustes et déterminés, à qui l'on avait fait prendre l'habit de livrée. Au moment que Nérestan faisait son compliment, deux de ces soldats saisissent la bride du cheval du comte d'Auvergne, en même temps que les deux autres le prennent par une jambe , et le renversent de l'autre côté de son cheval, et ensuite se jettent sur lui si brusquement, qu'il n'eut ni le temps de mettre la main à ses pistolets, ni la liberté de tirer son épée, encore moins de s'enfuir. Il fut conduit sous sûre garde à Paris , et resserré dans la Bastille a.

• Philibert de Nérestan.

' « La comtesse d'Auvergne , tout éplorée , autant douce et

Page 1