‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 52 sur 245 · LIVRE DIX-HUITIEME. I IO · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-HUITIEME. I IO

D'Entragues fut arrêté en même temps que le comte d'Auvergne, et la marquise de Verneuil fut en quelque manière associée aux deux coupables, puisque le roi voulut qu'on allât aussi l'arrêter dans 5a maison 1 , où elle demeura sous la garde $ du chevalier du Guet. Ce fut cette association qui sauva la vie au beau-père et au frère. Ils n'osèrent l'espérer d'abord, et le public ne s'y attendait pas, après tant de récidives, d'autant plus qu'on comça à instruire leur procès en toute rigueur.

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« humble que la marquise était fière, s'étant jetée aux pieds du « roi pour lui demander la grâce de son mari, sa majesté l'ayant « fort courtoisement relevée et saluée, lui dit ces mots : J'ai « pitié de votre misère tt de vos larmes; mais si Je vous oc-

* troyais ce que vous me demandez , il faudrait (prenant la

« reine par le bras) que ma femme que voilà fût déclarée p ,

« mon fils bâtard, et mon royaume en proie. Ladite dame ayant « eu la permission du roi d'envoyer, de sa part visiter son « mari, et lui ayant fait demander ce qu'il désirait d'elle, il

* lui fit réponse qu'elle lui fit seulement provision de bon fro- « mage et de moutarde , et qu'elle ne s'embarrassât d'autre « chose. Journal du règne de Henri IV.

« Le comte d'Auvergne, dit Amelot, dans l'endroit que nous « avons déjà cité, faisait tant de fond sur la fidélité d'Antoine « (c'est le trésorier Chevillard), que dans les trois interroga- « toires qu'il subit, il dit avec autant de constance que s'il eût « été innocent quant à cet article : Messieurs, montrez-moi « une ligne a" écriture, par laquelle on puisse me convaincre « d'avoir traité avec le roi d*Espagne ou son ambassadeur, et « je vas signer au-dessous mon arrêt de mort, et me condamner « moi-même à être écartelé vif. »

1 Dans la maison du nommé Audicourt, rue Saint-Paul.

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Le comte d'Auvergne déduisit au roi toufes ses intelligences , tant au -dehors qu'au -dedans du royaume. On lui fit remettre cette promesse d'association de lui avec les ducs de Bouillon et de Biron, dont j'ai parlé ci-devant, et que sa majesté n'avait pu lui arracher.

Les allées et venues commencèrent en même temps de la part de Henri vers la marquise de Verrieuil, non pas pour le même sujet, car je crois bien qu'on ne s'attend pas à le voir user d'une grande sévérité envers elle. Il ne put se résoudre à la laisser un seul moment douter de son pardon- A peine put-il sauver quelques dehors, eu faisant dire à la marquise, par différens messagers, quelle achèterai cette grâce par une soumission entière aux conditions qu'il lui prescrirait La Varenne, Sigogne, toute la cour fut employée à ces messages , qui , de la manière dont ils étaient faits , n'étaient, à dire vrai, que de véritables avances d'un amant qui craint, malgré sa colère, d'avoir mis un obstacle trop fort à son raccommodement avec ce qu'il aime. La marquise ne s'y méprit pas, et elle sut bien en profiter. Je servis aussi d'interprète à Henri en cette occasion , quoique je visse bien qu'il ne s'en tirerait pas à son honneur ; mais il le voulut absolument, et je lui obéis, dans l'intention de lui en rendre, s'il était possible, la conclusion moins honteuse.

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