‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 53 sur 245 · LIVRE DIX-HUITIEME. iai · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-HUITIEME. iai

- Le premier ordre que je reçus de sa majesté , fift d'aller trouver la marquise de Vemeuil pour l'entendre sur toutes les choses dont on l'accusait, tirer d'elle la confession de sa faute, la lui faire* sèhtir. Je ne puis dire que ma commission s'étendît plus loin , à moins qu'on n'y joigne encore de sanglans reproches et des conseils assez inutiles, ce semble, sur la manière dont elle aurait dû se comporter avec un prince à qui elle avait tant d'obligations. Je ne la vis point la première fois que j'allai chez elle. Elle me fit dire qu'une fluxion quelle avait sur le visage l'empêchait de parler à personne. Je renvoyai une seconde fois savoir par un gentilhomme quelle heure elle voulait me marquer. Avant que mon député fut revenu, j'en reçus un d'elle, qu'elle avait fait partir dans l'intervalle, pour me dire qu'elle m'at* tendait sur les deux heures après-midi.

Je trouvai une femme à qui son humiliation n'avait rien ôté de sa première fierté et qui , bien loin de vouloir s'abaisser jusqu'à demander grâce et se justifier, parlait en femme outragée, et pré-

' « Elle disait qu'elle ne se souciait point de mourir; au con- « traire, qu'elle le désirait ; mais que, quand le roi le ferait, « on dirait toujours qu'il aurait fait mourir sa femme, et qu'elle « était reine avant l'autre ; au surplus , qu'elle ne demandait « que trois choses à sa majesté, un pardon pour son père, une « corde pour son frère, une justice* pour elle. » Journal du

tendait se faire à elle-ménie ses conditions : plaintes et emportemens contre le roi, nouvelles demandes, voilà par où elle débuta, en prenant un air prude, et même dévot. Ce n'était pas avec moi qu'il fallait avoir recours à ce manège. Je ne la flatAi ni

plus coupable , je lui reprochai ses liaisons avec les ennemis de l'état. Je lui dis qu'elle aurait lieu de se croire fort heureuse, si l'on bornait son châtiment à une permission de se bannir ellemême du royaume, et de finir ses jours partout ailleurs qu'en Espagne , et que cette grâce ne lui serait accordée qu'après qu'elle aurait subi l'interrogatoire des criminels, et demandé pardon au roi de sa désobéissance.

Je vins ensuite à ses indignes procédés pour la reine. Je lui fis voir que c'était s'attaquer au roi lui-même, et s'exposer à une punition sévère, que d'offenser, comme elle l'avait fait, une princesse qui était sa maîtesse 1 , par mille discours injurieux. Je lui reprochai son affectation ridicule à se mettre de pair avec la reine , et à éga-

règne de Henri IF. « Ses coffres fouillés, ajoute le même auteur, « et ses papiers tous inventoriés, on y trouva force petits pou- * lets amoureux (instrumens du métier), et entre autres, de « Sigogne, qui furent cause de le disgracier. »

* Elle disait quelquefois « que, si on lui faisait justice, elle « tiendrait la place de cette grosse banquière. » Péréfixe.

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