‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 54 sur 245 · LIVRE DIX-HLIT1ÈM£. I · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-HLIT1ÈM£. I

1er ses enfans aux enfans de France ; ses airs de hauteur et de mépris , et surtout sa malignité à semer la discorde entre leurs majestés, à quoi j'ajoutai qu'on ne la dispenserait pas d'aller se jeter aux pieds de la reine,* pour la prier d'oublier et de lui pardonner toutes ses fautes.

Je ne l'épargnai pas davantage sur la prétendue dévotion dans laquelle elle se retranchait, pendant qu'elle ne craignait pas de manquer à ses principaux devoirs envers le roi, la reine et l'état. Je tranchai le mot, que cette apparente régularité n'était qu'une pure grimace, et je le lui prouvai par le détail de sa vie, qui lui fit voir que j'étais bien informé de ses galanteries. Je les lui particularisai toutes , pour lui ôter son recours ordinaire de dire qu'elles n'existaient que dans l'imagination jalouse du roi , et j'en tirai un nouveau sujet de confusion pour elle par rapport au prince qu'elle jouait si indignement. Je lui montrai ce qu'elle aurait dû faire, si sa dévotion avait été un véritable retour vers Dieu, et je l'assurai que sa majesté ne s'y serait point opposée , si elle y avait trouvé toutes les marques dont la vraie dévotion doit être accompagnée. •

Je lui donnai enfin toutes sortes de bons conseils, qu'elle ne me demandait pas, et qu'elle n'était pas disposée à suivre. Elle devait le paraître du moins ; mais elle se contenta de me répondre froi-

dément, après m'avoir laissé tout le temps de parler, qu'elle m'en remerciait, et qu'elle prendrait du temps pour y penser. Lorsque je lui demandai si elle avait quelques sujets de plainte dont elle s'autorisât à manquer ainsi à ce qu'elle devait au roi, sa réponse fut que, si c'était le roi qui lui fai- " sait cette question , il avait tort, puisqu'il te savait mieux que personne , et que, si c'était moi , je n'en avais pas moins , puisque je n'avais aucun moyen de la satisfaire.

Continuant à la questionner, je lui demandai ce qu'elle désirait de sa majesté. Elle répondit que , quoiqu'elle sût bien que sur cet article les désirs du roi ne s'accordaient pas avec les siens , elle persistait à demander qu'il lui fût permis, aussi-bien qu'à son père, sa mère, son frère et ses enfans , d'aller s'établir en quelque endroit hors de France. Elle ajouta , en nommant son frère, qu'il ne souffrait qu'à cause de l'amitié qu'il avait pour elle. J'avais de la peine à croire que cette résolution fut sincère. Je trouvai le moyen de le lui faire redire cinq ou six fois , et elle n'y changea rien. Le dépit de l'emprisonnement de sa famille et du traitement qu'on lui avait fait pouvait bien lui avoir fait former ce dessein; et les conditions qu'elle y mettait achevaient de me le persuader. En l'obligeant à s'expliquer encore davantage sur cette retraite hors du royaume, elle dit qu'elle n'irait pas chez

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