LIVRE DIX-NEUVIÈME. l5f
été vérifié que pour deux ans. Les bureaux de finances firent à ce sujet des représentations à sa majesté. Ils se plaignirent du discrédit où étaient tombées certaines fermes qui avaient rapport au commerce avec l'Espagne, qui venait d'être in» terdit, ainsi que de cette multiplicité d'édits qui sortaient tous les jours du conseil de sa majesté , et qu'ils représentaient comme plus onéreux au peuple que la taille même, le ne dissimule point que ces plaintes étaient si justes, que mes remontrances au roi avaient déjà dès long-temps précédé les leurs. Ce prince écrivit deux lettres à ce sujet : l'une à son conseil , par laquelle il lui faisait savoir que les conjonctures présentes ,. et surtout l'armement de l'Espagne , ne lui permettaient pas de rien retrancher sur toutes ces parties pour l'année présente; l'autre à moi, pour m'ordonner de faire entrer le conseil dans ses vues.
Je les secondais, autant qu'il était en mon pouvoir, dans ce qui concernait ma charge de grandmaître de l'artillerie. L'Arsenal était dès -lors pourvu de cent pièces d'artillerie. Il y avait dans ses galeries de quoi armer quinze mille hommes d'infanterie et trois mille de cavalerie, deux millions de livrées de poudre dans le Temple et à la Bastille , et cent mille boulets. Je me souviens <ju'un jour que Henri, en se promenant avec moi
dans les grandes halles de l'Arsenal, paraissait s'alarmer du grand nombre d'ennemis qui le me- * naçaient , et de leurs forces , je lui faisais remarquer cet appareil formidable, capable de les mettre ^ tous à la raison. Il voulut avoir un état de ses armes, de ses munitions et de toute son artillerie , avec un bordereau sommaire de son argent \ comptant, et de celui qu'il pouvait joindre pendant les années i6o5 et 1606. Il entra dans mon cabinet , et fit écrire cet agenda par mes secré-r - taires , pour le porter continuellement dans sa poche.
La forme et la discipline militaire étaient un des articles du gouvernement qui avaient le plus de besoin qu'on s'appliquât à y mettre une réformation. On a de la peine à comprendre que dans une nation qui, depuis sa fondation, n'a presque jamais cessé de porter les armes, et qui même, en quelque manière, en a fait son unique métier, on eût attendu jusque là à y mettre l'ordre convenable. La milice française n'avait rien que de rebutant. On enrôlait par force les soldats dans l'infanterie, et on les faisait marcher avec le bâton. On leur retenait injustement leur solde. On ne les menaçait que de prison. Les gibets étaient sans cesse devant leurs yeux. On les réduisait à tout tenter pour leur désertion; et pour parer cet inconvénient , il fallait que les prévôts les tinssent