‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 74 sur 245 · LIVRE DIX-NEUVIEME. l · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEUVIEME. l

cardinal Bufalo, son nonce en France, de ne rien négliger pour la prévenir, et ce cardinal trouva peu de temps après l'occasion favorable pour y travailler.

Le comte de Beaumont , qui était toujours notre ambassadeur à la cour de Londres, avait souvent mis sur le tapis l'affaire nouvelle du commerce en présence des comtes de Villa -Mecfiana et d'Aremberg, ambassadeurs, l'un du roi d'Espagne, l'autre des archiducs. Il avait même ébauché une espèce d'accord avec eux, le président Bichardot et Louis Vroreylzen, lequel avait été communiqué au connétable de Castille , qui était aussi à Londres ; mais le départ; subit de ce connétable, et quelques autres obstacles, Les avaient empêchés de venir jusqu'à signer le préliminaire de cet accord. Le connétable de Castille passa par Paris, et y vit le cardinal Bufalo, qui le pressa par tant de côtés sur cette affaire, qu'il en obtint qu'elle serait remise à examiner entre les mains des commissaires qu'il nomma pour le roi son maître. Le conseil de France en nomma de son côté; mais ce n'était point encor/e là la véritable porte pour en sortir ; l'affaire abandonnée à tant de tètes traînait en une longueur insupportable. Bufalo obtint de don fialtazar Stuniga, ambassadeur d'Espagne en France, et d'Alexandre Rovidius, membre du sénat de Milan, intéressés dans

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cette cause pour Tune des parties , qu'ils s'en rapporteraient à lui de tout ce qui concernait cette affaire. Cela fait, pour n'avoir de même affaire dans l'autre partie qu'à une seule personne, il pria le roi de me charger aussi , sans aucun second , d'un pouvoir égal au sien , et dès-lors il regarda la chose comme fort avancée. J'allai le voir chez lui ; j'animai son impatience d'un nouvel aiguillon , en lui représentant la guerre comme près de se faire , et avec des préparatifs de la part de sa majesté qui la rendraient peut-être plus sérieuse encore qu'on ne pensait. En peu de jours je le fis convenir des articles que j'avais dressés sur cette matière, et qui assuraient pleinement la liberté du commerce : c'étaient, à peu de chose près, les mêmes qui avaient été proposés et débattus à Londres.

Ce traité , car il en devint un véritable , quoique tout se passât entre le cardinal Bufalo et moi , renfermait en substance, de part et d'autre, que l'édit de trente pour cent, et celui de l'interdiction du commerce entre les deux couronnes de France et d'Espagne , seraient et demeureraient annulés : c'était là le grand point. Mais, comme les deux princes avaient prétendu justifier chacun leur conduite en faisant plusieurs plaintes réciproques qui avaient aussi rapport au commerce, il y avait beaucoup d'autres articles avec celui-ci qui tendaient à y remédier.

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