LIVRE DIX-NEUVIEME. l
Il était marqué que sa majesté très-chrétienne défendrait par un édit qu'aucun de ses sujets ne fit ou n'autorisât le transport des marchandises de Hollande en Espagne, et dans les dépendances de l'Espagne , en prêtant des vaisseaux , chariots et toutes autres voitures; que les marchandises véritablement de France seraient empreintes du sceau de la ville d'où elles seraient enlevées , et Qu'elles y seraient inscrites dans un registre : c'était pour obvier à l'inconvénient de la ressemblance des marchandises ; qu'autrement elles seraient sujettes à confiscation, sans cependant qu'on pût, sur un soupçon de fraude, arrêter ni retarder le cours de ces marchandises ; que tous les Hollandais pris dans les navires français pourraient être arrêtés; que les Français ne porteraient aucune marchandise d'Espagne en Hollande, ni en d'autres lieux des Pays-Bas que ceux qui seraient marqués sur les affiches , et que , pour sûreté de la parole que peut-être ils donneraient
écrit» devant le magistrat espagnol du lieu d'où ils partiraient, de payer le trente pour cent, laquelle obligation leur serait rendue, en rapportant dans un an le certificat du juge de l'endroit où ils auraient débarqué, soit en France, soit aux lieux de Flandre approuvés ; que le roi de France ferait confisquer ces marchandises prises par se$
l66 MEMOIRES DE SULLY.
sujets en Espagne, pour être portées dans les s * lieux défendus, moitié au dénonciateur , le trente «" i pour cent prélevé; que le magistrat français qui aurait donné de faux certificats de décharge se- 4 rait aussi poursuivi en justice , et puni ; que les ♦ deux rois se tiendraient mutuellement les chemins libres. L'article des impôts établis depuis la paix de Vervins sur les marchandises portées d'Espagne en Flandre, ou de Flandre en Espagne paf Calais , et lorsqu'elles entreraient dans ce port , ayant déjà été arrêté auparavant devant le même cardinal, il n'y avait rien de nouveau sur cet article. Il était stipulé que , quarante jours après la date de ce traité, il serait publié le même jour dans les états respectifs. La date est du i a octobre, et il ne fut d'abord signé que du cardinal Bufalo et de moi
J'étais bien sûr que Henri l'approuverait , n'y ayant rien mis sans avoir pris son avis auparavant. Je craignais davantage la critique de Sillery et des autres conseillers, à qui la connaissance en avait été ôtée. L'expédient que je trouvai, fut d'envoyer Arnaud l'aîné porter ces articles à Sillery,
' Voyez le traité même dans la Chronotogie septénaire. Le roi n'y donne d'autres titres an marquis de Rosny, que celui de grand-maître et capitaine-général de l'artillerie de France. Le cardinal Bufalo n'y signa point , mais seulement Rosny et Sillery, D. Baltazar de Cuniga, par le roi d'Espagne, et le sénateur Rovidius. Matthieu, t. a , liv. 3 , p. 655,
LIVBB DIX-NEUVIEME. 167
en le priant fort civilement de m?en dire son sentiment. Sillery répondit brusquement, et sans vouloir seulement les lire, que l'affaire était en bonne main, et que celui qui y avait travaillé seul pouvait aussi la conclure seul. Je ne fus pas content de cette réponse. Je renvoyai Arnaud lui dire que, comme il me paraissait nécessaire que le traité fût signé de lui et des autres commissaires nommés d'abord , je le priais de venir faire cette signature chez moi ; qu a son refus je ne pouvais me dispenser de faire dire par Arnaud à sa majesté, en lui portant le traité, que la difficulté qu'il en faisait aurait retardé la -conclusion de deux jours, comme cela était vrai. Sillery, ayant eu peur que , si pendant cet intervalle il arrivait quelque contre-temps qui fît échouer l'accord sur le commerce, il n'en demeurât responsable, vint chez Bufalo, et fit ce qu'on lui demandait } Villeroi signa aussi le traité. <
Le roi, recevant une copie de ces articles fortifiée de ces cinq signatures , se loua beaucoup du cardinal-nonce, et lui fit présent d'une croix de diamans; il le recommanda au pape par une lettre des plus avantageuses, et il lui accorda la distinction de le faire manger à sa table. Sa majesté différa de faire publier le traité de commerce jusqu'à ce que sa ratification fût arrivée d'Espagne; mais, par provision , elle fit toujours lev#r
f68 MÉMOIRES DE STJLLT.
sous main la défense pour le transport des blés, ce que les peuples souhaitaient avec ardeur.
Il se concluait pendant ce temps -là un autre traité à Londres entre l'Espagne et l'Angleterre , auquel la France ne pouvait manquer de s'intéresser fortement après ce qui s'était passé l'année précédente entre elle et la seconde de ces couronnes. Pour en être bien instruit, il faut reprendre la suite des affaires tant politiques que militaires" entre l'Espagne et la Flandre, avec lesquelles celles d'Angleterre ont* à cet égard une liaison nécessaire.
Le siège d'Ostende continuait toujours avec le même acharnement. Pendant que les Espagnols le poursuivaient, le prince d'Orange s'attacha, au commencement de la campagne , à l'île de Cadsan , dont il se rendit maître le 10 mai, et ensuite de tous les forti aux environs, comptant s'ouvrir par là un chemin jusqu'à la frontière de Calais, et il vint enfin mettre le siège devant l'Écluse. On manda de Bruges au roi que l'archiduc , qui ne voyait cette entreprise qu'à regret , allait rassembler quinze ou seize mille hommes, avec lesquels il se promettait de secourir cette place, en forçant Ardembourg qui la couvrait; mais que Maurice s'y était si bien retranché , qu'on ne croyait pas qu'il pût en être chassé, pourvu cependant qu'il eût à peu près un monde suffisant pour garder ses re-