LIVRE DIX-NEUVIÈME. l
tranchemens. Le général flamand prit encore la précaution de pousser ses retranchemens jusqu'à Ardembourg; et dans le cas qu'il fût obligé de divertir ses troupes des opérations du siège, il se mit en état de pouvoir réduire la place par famine au défaut de la force. L'Ecluse se rendit en effet le 10 août.
Les Espagnols, de leur côté, animés par la vive résistance de leurs ennemis, et par le sentiment des pertes immenses qu'ils avaient faites devant Ostende, crurent que leur honneur était encore plus intéressé , après ces succès du prince d'Orange, à ne pas avoir le démenti d'une entreprise qui durait depuis si long-temps. De Vie manda à sa majesté, par d'Auval, qui revenait d'Angleterre, qu'ils y avaient fait jouer trois mines; on ajouta qu'elles avaient été sans effet. Cependant il est vrai qu'Ostende était alors véritablement aux abois. Les Espagnols s'étaient vantés hautement qu'ils la prendraient avant la fin de juillet , et qu'ils seraient encore à temps pour aller délivrer l'Écluse avec toutes leurs forces réunies. Tout le monde n'ajoutait pas foi à cette bravade, surtout depuis que Persi le riche , capitaine du régiment de Nérestan, fraîchement arrivé de cette place, avait assuré à Paris qu'elle tiendrait encore six semaines ou deux mois. L'Écluse marcha effectivement avant Ostende ; mais c'est que les Flamands se défendaient
avec une ardeur don t on ne voit guère d'exemples. Secondés d'un secours de onze compagnies , fai- « sant entre mille et douze cents hommes tout frais, ; que les États venaient de leur envoyer sous la conduite du général Marquette, ils s'avisèrent de * ] construire uA retranchement intérieur qui pût j leur servir à obtenir une capitulation plus avan? tageuse, en y tenant le fort, lorsqu'ils seraient* réduits à cette extrémité, et ils trouvèrent le moyen, pressés comme ils étaient, d'y faire entrer des munitions et de l'argent.
C'était un spectacle nouveau et surprenant pour toute l'Europe qu'un petit état qui ne forme qu'un point presque imperceptible sur la carte eût osé lever la tête du milieu de ses marais , et bravé pendant si long-temps cette Espagne si fonnidable. Où prenait-il ses forces? où puisait-il ses fonds ? car on estimait que cette guerre coûtait aux États vingt mille florins par jour. On ne savait pas dans quel embarras ils s'étaient souvent trouvés , ne
sachant presque plus où donner de la tête, et étant obligés de frapper à toutes les portes. Le duc de Bouillon leur ayant promis une somme d'argent , ils envoyèrent le capitaine Sarroque pour la toucher , mais il n'en rapporta rien que le regret d'avoir dépensé à ses maîtres quatre ou cinq mille florins , que leur coûtèrent leurs complimens à la princesse d'Orange.