‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 77 sur 245 · LIVRE DIX-NEUVIEME. I7I · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEUVIEME. I7I

Leur refuge ordinaire était Henri , tantôt pour une centaine de mille écus, d'autres fois pour deux cents milliers de poudre, dont ils consumaient beaucoup : leurs demandes n'avaient point de fin. Buzenval, que sa majesté entretenait dans ces cantons pour se faire instruire de tout, leur était bien utile pour appuyer leurs sollicitations auprès •de ce prince, qui à la fin leur demeura seul , pendant que tout le reste les abandonna ; aussi ménageaient-ils précieusement Buzenval; et ils le retinrent comme de force , lorsqu'il eut obtenu son congé pour revenir en France ; et qui ne ménageaient-ils pas? Ils eurent dessein de me faire un présent considérable. Buzenval, qu'ils consultèrent , les assura que je ne le prendrais point Ils se contentèrent de me marquer leur reconnaissance en me faisant offrir par Aërsens quelques coquillages rares , et à mon épouse quelques jumens de carrosse de leur pays. Henri se portait à les obliger avec une facilité qui ne pouvait partir de son seul intérêt propre, et qui doit lui faire tenir dans l'esprit de ce peuple le rang de l'un des fondateurs de sa liberté. Ils seront bien coupables,, si jamais ils manquent à une couronne leur bienfaitrice '. Ce prince me mandait cette année en

' C'est presque en ces mêmes termes que Grotius en parle dans son livre intitulé : Annales et histoires des troubles de* Pays-Bas.

1^2 MEMOIRES DE SULLT.

Poitou que Buzenval lui faisait de nouvelles demandes pour les États, que peut-être il n'aurait pas dû leur accorder; mais qu'il ne pouvait se résoudre à les abandonner , quelques bruits qui se répandissent d'Angleterre, et quelques menaces que lui fît l'Espagne.

On juge aisément tout ce que la guerre présente coûtait à cette couronne, qui était la partie atta-* quante, par ce que je viens de dire des Provinces- Unies, qui se tenaient simplement sur la défensive et sans sortir de leurs maisons, et quel ressentiment l'Espagne en conservait contre nous. Dans le vif chagrin que le conseil de Madrid sentait d'une guerre si épuisante, et qu'on y cachait pourtant avec le dernier soin, il menaçait souvent de ne jamais pardonner ce traitement aux Français. Henri faisait semblant de ne rien entendre, et avec raison. L'impuissance de ce conseil se montrait par ce vain dépit ; et l'on savait en France que les finances de sa majesté catholique étaient ep uisees .

Ostende 1 fut enfin pris le 22 septembre , et Henri eut la consolation de voir que , pour cinq ou six cent mille écus qu'il lui en coûtait chaque année, depuis que cette expédition avait com-

• Voyez la reddition d'Ostende et de l'Écluse, et les autres expéditions de cette campagne, dans de Thou, le Septénaire, Matthieu, Siri, et autres historiens, année 1604.

uiyiiizeo

Page 1