‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 79 sur 245 · LIVRE DIX-NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEUVIEME

A cette batterie on joignit le secours des petits écrits anonymes, dans lesquels on s'attachait à démontrer que la paix était le seul parti à désirer pour les trois rois également. On insinua dans l'un de ces écrits , qu'on supposa partir de la main d'un Anglais , parce qu'on y élevait fort la puissance d'Angleterre , qui peut , di$ait-on , se passer de tout le monde , et dont personne ne saurait se passer, comme si les Espagnols n'avaient pas pu être capables d'un* flatterie qui pouvait leur réussir; on insinua, dis-je, que cette paix était souhaitée également par les trois têtes couronnées, mais que leurs majestés très-chrétienne et britannique souhaitaient en même temps secrètement toutes deux qu'elle leur valût la possession de la Flandre. Le trait était matin.

On n'était pourtant encore convenu de rien pendant un an entier , c'est-à-dire jusqu'au ai juin de celui-ci; mais la négociation fit des progrès rapides au commencement de juillet. Elle frit poussée si avant, qu'on ne doutait plus en Angleterre que la décision n'en fût retardée que jusqu'à l'arrivée du connétable de Castille, qui était à la veille de passer à Londres en qualité d'ambassadeur extraordinaire , et muni d'un plein pouvoir de sa majesté catholique. On eut la même opinion à Paris. On y fut même persuadé que non-seulement l'Angleterre, mais les Provinces-Unies elles-

mêmes, avaient fait secrètement les conditions de leur accord avec l'Espagne, et que les États avaient terminé , par l'intervention et à l'arbitrage de sa majesté britannique, les discussions au sujet des villes d'otage, de la navigation des Indes, du commerce, sans payer le trente pour cent et les autres. Mais pourquoi , si cela était , ne voyait-on ni lever les sièges, ni cesser les hostilités de part et d'autre? ^

Aussi ce bruit était-il faux , du moins quant à ces prétendus accord et arbitrage. Les Etats ne s'en aperçurent que trop tôt, et ils connurent en même temps que, bien loin de cela, ils ne devaient plus rien attendre de sa majesté britannique. Ce prince s'était lassé à la fin de lutter si long- temps contre son penchant , il voulait être l'ami de tout le monde. Il venait de faire prendre à ses états réunis le nom de Grande-Bretagne, et de faire son entrée solennelle dans Londres , où il avait fait tenir une conférence pour concilier les anglicans et les puritains , car il étendait ses idées de pacification sur tout. Il ne songea point cjue par cette conduite il allait en exclure ceux précisément qui en avaient le plus de besoin , les Flamands , qu'il laissait à la merci de leurs ennemis. Les Anglais commençaient déjà à gourmander ceux de cotte nation qui se trouvaient dans leurs ports; et lorsque les Flamands prétendaient, comme à

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