LIVRE DIX-NELVIÈME. I
l'ordinaire, que les Anglais ne devaient point se mêler de certains trafics sur leurs cotes, ceux-ci leur répondaient effrontément qu'ils en avaient la permission du roi d'Espagne, leur souverain. Rien n'irritait si fort les Hollandais que de pareils discours; et si l'on avait laissé faire les Flessingois, on croit qu'ils se seraient défaits de tous les An- ^ glais qu'ils avaient parmi eux. On leur en fit comprendre toutes les suites , et ils se continrent.
Ce n'est pas là ce que les États avaient espéré , lorsqu'au commencement des conférences publiques entre les commissaires, sa majesté britannique voulut qu'on y admît et qu'on y écoulât le sieur Le Caron, leur agent. Le Caron a avoué qu'il avait eu d'abord tout sujet d'être content des commissaires anglais. Lorsque les Espagnols voulurent les pressentir au sujet des villes d'otage hollandaises, qu'ils auraient eu bien envie qu'on leur remit aux mains à eux-mêmes , les Anglais leur dirent qu'ils ne pouvaient faire autre chose que de rendre ces villes au conseil des Provinces- Unies, lorsqu'ils recevraient de lui l'argent avancé ; et sur ce que les Espagnols repartirent avec mécontentement que c'était à ceux qui les leur avaient engagées qu'il fallait les restituer, les conseillers anglais n'ajoutèrent rien autre chose, sinon qu'au refus des États de rendre les sommes prêtées, ils se tourneraient vers l'Espagne, pour
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lui faire la même proposition. On leur fut encore assez favorable dans l'article du commerce, qui les retint long-temps, les Espagnols insistant pour que la Hollande leur ouvrît celui de toute, la côte de Flandre , et de la ville d'Anvers en particulier , qu'ils avaient comme bouchée par la construction de plusieurs forts sur l'Escaut, et entre autres par celui de Lille. Mais cette bonne intention des Anglais pour leurs voisins ne dura pas long-temps. Le sentiment de Buzenval , dont les lettres me fournissent une partie de ces détails, sur l'issue qu'on voyait qu'avaient eue toutes ces conférences anglaises, c'est que les Anglais n'ignoraient pas quelles pouvaient être les conséquence de ces nouvelles opérations politiques, mais qu'un grand fonds de jalousie contre nous et un peu d'étourderie avaient tout fait en cette occasion.
I^es choses étaient en cet état, lorsque le roi d'Angleterre jugea à propos d'informer sa majesté très-chrétienne, par son ambassadeur à la cour de France, des dispositions où il était de faire un traité avec l'Espagne." L'ambassadeur anglais en présenta en même temps le mémoire au roi. Sa majesté britannique y persistait dans l'opinion singulière que ce traité et celui de Tannée précédente n'avaient rien de contraire l'un à l'autre. Jacques l'avait voulu de même persuader à Beaumont. Il promettait à Henri. d'en surseoir la con-