‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 83 sur 245 · LIVRE DIX-NEUVIKME. l · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEUVIKME. l

le plus solide fondement du royaume et de la royauté; pour moi, tout ce que j'ai fait de réflexions sur ce sujet m'a porté à croire que la situation seule de la France et les autres avantages qu'elle a reçus de la nature sont des causes suffisantes de la prééminence qu'elle a sur tous les autres états de l'Europe; et que la loi salique, bien loin d'y contribuer, l'a fort souvent empêchée d'augmenter ces avantages de ceux qu'on peut y joindre par une sage politique. Qu'un prince étranger devienne roi de France en épousant l'héritière, il se pourra bien faire, à la vérité, que le premier

Germains mêmes, que les filles ne succédassent point à la couronne; qu'il en est fait mention dans Tacite, etc. M. de Foncemagne avait déjà démontré, dans un autre mémoire (ibid, année 1726 , p. 464 et suiv.), que le royaume de France a été successif héréditaire , et pour les mâles seuls , dans la première race de nos rois.

Le sentiment de ces deux écrivains , quoique opposés entre eux, se réunit contre le principe établi dans cet endroit de nos mémoires : c'est une idée insoutenable de tout point. Outre qu'elle tend à détruire la prééminence de la nation, elle jetterait ce royaume dans des guerres civiles et étrangères presque continuelles, par les brigues pour le choix d'un successeur, dans la confusion de ses lois, qui ne seraient pas toujours respectées par des rois étrangers, et dans plusieurs autres inconvéniens que l'auteur n'a sans doute pas aperçus; et je ne puis croire que cette imagination ne soit uniquement des compilateurs; on n'y reconnaît point les maximes du duc de Sully. Consultez , sur l'existence et la teneur de la loi salique, Vendelin, Eccard, Baluze, etc., cités par les deux académiciens.

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des rois de cette race sera réputé Allemand , Ita* lien, Espagnol, on Anglais; mais comme il n'est nullement à craindre qu'il soit jamais tenté de transférer le siège de son empire ailleurs que dans une ville que tous les princes choisiraient, s'il était en leur pouvoir, pour y faire leur résidence, ce premier roi , ou prince étranger , sera bientôt naturalisé Français , et dès la première génération sa postérité sera tout-à-fait française. La maison d'Autriche, établie en Espagne, et celle de Stuart, placée sur le trône d'Angleterre, en sont des exemples très-sensibles. Ce prince, ou premier roi étranger, aura cependant uni à notre couronne ce qu'il possédait auparavant de son chef, pour n'en plus être jamais séparé. La loi salique, en défendant, pour me servir du terme , que le royaume de France ne tombe en quenouille, lui ôte donc un moyen de s'agrandir, et un moyen d'autant moins à mépriser, que, la violence n'ayant ici aucune part, il ne fournit aucun sujet ni aucun prétexte à la guerre.

Ma réponse au connétable espagnol fut fort du goût de Henri. Il m'assura que le même esprit l'avait inspiré , qu'il l'avait seulement caché sous de grands mots et de belles paroles, afin de ne pas faire entrer le Castillan en soupçon de ses desseins \

' Jean de Serre, parlant d« la réception que Henri IV lit au

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