LIVRE DIX-NEUVIKME
Ce qui venait de se passer à Londres entre l'Angleterre et l'Espagne y nuisait bien , à la vérité, mais pourtant n'ùtait pas toute espérance d'y réussir; ils n'étaient pas encore en état qu'on j mît sérieusement la main. En fait de politique , le temps amène tout, lorsqu'on sait l'attendre. Je trouvai dans le cardinal Bufalo ce que je cherchais depuis long -temps du côté de Rome. Aussi ne fis-je point de difficulté de lui faire pressentir ce qui pourrait arriver un jour, persuadé que le royaume de Naples, dont je faisais le partage du saint-siége, était un motif suffisant pour le rendre discret sur le secret que je lui confiais, et même pour le faire travailler à la réussite. Cette émi-
connétable : « Le roi, dit-il , le fit recevoir à la porte de Paris « par le duc de Montbazon, par une fort honorable compagnie «.de noblesse.... Comme Zamet traitait le connétable à souper, « survenant fort à propos , à l'instant qu'on lui présentait à « laver : Je veux, dit sa majesté, souper avec vous. Le conné- « table, surpris, voulut mettre le genou en terre et lui présen-
< ter la serviette. Le roi le releva, et lui dit : Ce n'est pas à « vous de faire les honneurs, mais bien de les recevoir; vous
< êtes de la maison : et de fait, le roi a de l'alliance avec la raai- « son de Velasques, en laquelle est héréditaire cet office, que « les rois donnent à ceux qu'ils veulent élever au premier grade « près de leurs majestés.... »
Cet ambassadeur, allant en Flandre, deux ans auparavant, avait déjà eu l'honneur de saluer le roi. « Il demeura, dit l'his- « torien Matthieu, à genoux un peu plus qu'il ne pensait : il « dit que le roi l'avait reçu en roi , et caressé comme son pa- « rent. » Tome a, liv. 3, p. 6o5; Siri, ibid. 317.
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nence me paraissait d'ailleurs douée de l'esprit d'une parfaite politique. L'Espagne, en s'emparant, comme elle venait de faire, des forteresses de Porto-Hercole, Orbitello, Talamone, Piombino, Final et Monaco, ouvrait les yeux au pape, malgré qu'il en eût. Si les Romains n'avaient pas vu dans toutes ces invasions des avant-coureurs -
de leur prochaine servitude, il aurait fallu qu'ils n'eussent rien senti du tout. Il est assez clair, par les démarches qu'on voyait faire à Clément VIII , qu'il était fortement prévenu de ce sentiment. C'était là un pape tel qu'il le fallait à Henri ; aussi ce prince s'efforçait-il de lui complaire en toute occasion, et il lui en avait donné une bonne preuve en retirant près de lui le prince de Condé, pour le faire élever et instruire dans la religion romaine.
Les princes d'Allemagne ne prenaient pas de moins bonnes impressions. Sa majesté m'ordonna de bien traiter l'ambassadeur du duc de Wirtemberg , pour en faire un ami ; et quoiqu'elle n'eût pas lieu d'être contente de l'électeur Palatin , à cause du duc de Bouillon , elle ne le chicana point sur le paiement de quelques deniers qui étaient encore restés dus à cet électeur , et que ses ministres sollicitaient. Henri n'y apporta d'autre condition sinon que l'électeur retirerait son fils de Sedan. A l'égard des Provinces-Unies, il est