LIVRE DIX-NEUVIÈME. I
vrai que l'Angleterre leur manquait ; mais du moins elle ne se tournait pas contre elles , ce qui ne changeait presque rien dans leurs affaires , cette couronne ne les ayant presque jamais assistées en rien. Si Ton vit les États se reposer , aussi bien que l'Espagne, après les prises d'Ostende et de l'Écluse , ce ne fut uniquement que par lassitude et par épuisement, et ce repos n'était pas pour durer long-temps; ainsi ce sujet de diversion, lorsque la France se porterait à attaquer l'Espagne, lui demeurait encore assuré pour longtemps.
J'ai touché quelque chose d'un différend entre l'Espagne et les Grisons 1 , qui fit assez de bruit cette année pour donner lieu à plusieurs mémoires qui furent composés sur ce sujet. Je vais en donner l'explication.
Les Suisses ont pour voisins et pour alliés les trois ligues îles Grisons, les treize communautés du haut et du bas Valais, consistant eu cinquantequatre paroisses, dont 1'évèque, nommé par eux, est seigneur ; Saint-Gai , Genève , Neufchâtel , Bade et autres villes impériales et non-impériales qui se sont données aux Suisses, à condition de
* Voyez P. Matthieu, t. a, liv. 3; les autres historiens, et surtout Vittorîo Siri, qui traite fort au long ce point d'histoire. Mi-m. recond., t. i, p. 36o, et suivantes.
leur conserver leurs privilèges : ces villes sont comprises sous neuf bailliages.
Les Grisons , dont il est seulement question ici , habitent les Alpes , et ce qu'on appelle la Valteline, qui est une vallée, ou pour mieux dire une" espèce de large fossé entre le pied des Alpes ap-
partenant à l'Italie, et les Alpes de-çà l'Italie, puisque, dans sa plus grande largeur, elle n'a pas plus d'une petite lieue sur trente ou environ qu'elle a de longueur , depuis le Tirol jusqu'au lac de Côme. Tout le fond de cette vallée est arrosé par l'Adda , qui la traverse entière, et qui , se grossissant de tous les torrens qu'il reçoit, n'est guère moindre que la Marne, quand il se décharge dans le lac de Côme. Elle renferme environ cent raille habitans , presque tous catholiques romains. Elle est très-fertile en blés, vins, arbres fruitiers et pâturages. Ses bornes sont , du côté de l'orient , le comté de Tirol , auquel elle touche ; mais les passages en sont également étroits et difficiles : au midi , Bresse et Bergame , dépendances de la république de Venise; la chaîne des montagnes qui l'en sépare est pareillement si raide et d'un terrain si rude, qu'elle est inaccessible dans toute cette longueur,. excepté par les deux passages de Tiron pour entrer dans le Bressan, et de Morben dans le Bergamasque. Une pareille chaîne des