LIVRE DIX-NEUVIEME, igi
Alpes, habitées par les Grisons mêmes, fait le côté du septentrion. La disposition de toute cette plage est telle , que , pour aborder en Italie des * pays qu'elle a à son septentrion , il n'y a de pas- Gages que ceux qui aboutissent tlans cette vallée , qui débouche à l'occident dans le duché de Milan, : par une plaine où est le lac de Côme, entre le Mi- ^ lanais et la Valteline.
C'est de cet endroit précisément qu'il s'agit ici. ^ . A six cents pas du lac de Come, l'Espagne venait de faire construire un fort appelé Fuentes , du nom de celui qu'elle en avait chargé , sur un rocher de deux cents pieds de haut , dominant sur tout ce terrain, qui sépare le Milanais d'avec la Valteline , et qui n'est déjà que trop embarrassé par des marais et des prairies fangeuses : sur le bord du lac, qui en cet endroit n'est large que de deux ou trois cents pas , elle avait élevé un second fort vis-à-vis le premier, mais beaucoup plus petit. Pour achever de boucher entièrement ce passage, elle avait fait faire de profondes tranchées dans l'intervalle, depuis le pied des montagnes jusqu'au lac. Les fortifications de ces deux châteaux étaient bien entendues , à pointes et angles , pour s'accommoder à la forme du rocher, qui d'ailleurs ne pouvait être vu du canon , d'aucun endroit aux environs.
Il était impossible que les Grisons vissent de
bon œil une pareille entreprise; car, quoique les Espagnols témoignassent, ou feignissent de ne pas penser à eux dans la construction de ce nouvel ouvrage, et même que, pour montrer qu'ils n'avaient aucun dessein sur ce qui ne leur appartenait point, ils eussent fait reculer quelques tranchées trop avancées, il n'était que trop visible que leur objet était de chercher à joindre un jour les états d'Italie et d'Allemagne par l'invasion de la Valteline, et, en attendant, de barrer aux ultramontains le passage en Italie par cet endroit; d'ôter toute communication aux Suisses et Grisons, et aux Français, leurs alliés, avec l'état de Venise; enfin de réduire les Grisons à capituler avec eux et à les reconnaître pour leurs maîtres.
L'Espagne avait déjà donné aux Grisons des preuves de ce dernier dessein. Le parti protestant avait été jusque là dominant dans les trois ligues , parce qu'il s'était établi dans les cantons les plus considérables , et qu'il avait été embrassé par les plus riches particuliers. Ceux-ci étaient fort attachés à la France , et ennemis mortels de l'Espagne ; mais la différence de religion n'avait encore mis aucun trouble parmi ces peuples , parce qu'ils voyaient que toute leur force résidait dans cette union. Les Espagnols trouvèrent le moyen de la rompre en envoyant dans ces cantons leurs émissaires ordinaires, les jésuites et les capucins, .