‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 88 sur 245 · LIVRE DIX-NEUVIEME. I · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEUVIEME. I

; ne pouvait encore guère compter de venir à bout de fermer les yeux au sénat helvétique, quelque mal partagé qu elle le supposât des lu- - mières d'une bonne politique. Pour bien dire, c'était dans la diète indiquée à Coire, pour le . 1 2 juin , que se devaient frapper les plus grands v> coups, et chacune des parties respectives qui en attendait le dénoûment de toute la question, ne manqua pas d'y envoyer un homme de confiance. ' v Alphonse Gazai y vint de la part du comte de Fuentes. J'y fis porter par Montmartin à de Vie des lettres de sa majesté , qui ne furent pourtant pas rendues publiques, parce que Canaye mandait que la république de Venise était à l'égard des disons dans des sentimens bien différens de ceux de sa majesté, et que c'était un point enjoint sur tous les autres à nos ambassadeurs de s'unir dans toutes les mêmes demandes. Les ambassadeurs français et vénitien se contentèrent donc de solliciter sous main , et ne partirent presque point. Leur inaction devait donner beau jeu au comte de Fuentes. Cependant les brigues et les mouvemens d'Alphonse Gazai , joints à cela , n'empêchèrent point que son parti n'y échouât. Le résultat de la diète fut que les ligues ne voulaient entendre parler d'aucun traité avec l'Espagne que préalablement le fort de Fuentes ne fût rasé, le passage et le commerce rendus libres,

toutes choses enfin remises clans leur premier état.

L'alliance avec la France y reçut aussi une nouvelle confirmation. Il est vrai que de cette résolution aux effets il y avait encore bien loin , et les Espagnols avaient encore bien des ressources poiir amuser les Grisons. Montmartin ne s'en revint pas sans avoir considéré attentivement tout ce qui avait donné sujet à la contestation , et sans avoir , par mon ordre, tracé le plan du fort et des environs. C'est sur son rapport et ces mémoires que j'ai formé cet article.

Une contestation assez semblable à celle-ci, excepté qu'elle regardait directement sa majesté, s'éleva cette année au sujet du pont d'Avignon. Ce fameux pont tombait en ruine , et était près de se détruire faute des réparations qui auraient dû y être faites il y avait long-temps. La raison de ce retardement est que la conjoncture des affaires de France n'avait pas permis de travailler à la solution d'une question entre le roi de France et le pape, sans laquelle on ne pouvait mettre la main à cet ouvrage ; c'est que le pape , en qualité de propriétaire d'Avignon, se prétendait aussi propriétaire de ce pont , du port et passage du Rhône entre Avignon et Villeneuve, et conséquemment de tous les droits attachés à ces passages. Les réparations du pont ne souffrant plus du délai, pour savoir auquel des deux il appartenait de les

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