‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 9 sur 245 · LIVRE DIX-SEPTIEME. It · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIEME. It

c'est le troisième motif, plutôt que de passer à la haine, qu'ils seraient obligés en ce cas de prendre contre l'Espagne , ils chercheront à consumer les forces du roi contre ses propres sujets. Un mal presque aussi grand dans l'intérieur du royaume, c'est que leur accès auprès du prince , et les facilités qu'ils trouveront à disposer de son autorité leur feront commencer une autre espèce de guerre $ contre les ministres et toutes les personnes en place, sur le soupçon qu'ils n'entreront pas dans leurs sentimens. Je me mis moi-même du nombre de ceux qui seraient les premiers sacrifiés à ces nouveaux favoris.

Enfin sa majesté n'avait-elle pas fait elle-même une cruelle épreuve de leur haine , sans leur ouvrir encore une nouvelle voie au fer et au poison? Et ignorait-elle les raisons qu'avaient les jésuites de lui substituer au trône de France un autre prince, qu'ils pussent se flatter de faire concourir plus facilement dans leurs projets tant généraux que particuliers? Si elle en doutait encore, j'offris de lui en donner la preuve dans un mémoire qui m'avait été adressé de Rome contre le cardinal d'Ossat, dont je parlerai dans un moment, et je me contentai d'ajouter encore quelques réflexions que me fournit ce mémoire.

Le roi me répondit qu'il verrait volontiers cet écrit, et il m'ordonna même de le lui communi-

quer; mais il demeura ferme clans son dessein contre toutes les raisons que je pus lui apporter. Il me dit qua un discours dont il voyait que j'avais médité de longue main toutes les parties , il n'avait que deux choses à opposer; la première , qu'il n'était pas surprenant que les jésuites se fussent dévoués à l'Espagne, la seule puissance qui les avait recherchés et caressés lorsqu'ils étaient méprisés ou détestés presque partout ailleurs , et que, s'ils avaient trouvé le même agrément en France, ou si on le leur procurait aujourd'hui , ils oublieraient bientôt l'Espagne. Sa majesté avait pour garant de cette vérité, ainsi qu'elle me le dit , le P. Mayus , qui le lui avait avoué confidemment, et en même temps confirmé au nom de foute la société par les sermens les plus terribles , se soumettant pour lui et pour tous ses confrères à être regardés, si la chose n'arrivait pas, comme les plus insignes traîtres. ^ *

Henri ajouta que tous ces sermens et ces promesses ne me fermeraient pas apparemment si bien la bouche que je ne trouvasse encore quelque chose à répliquer contre ce premier motif ; mais que le second devait le faire. Il le déduisit de son propre intérêt, et de la conservation de sa personne, qui lui persuadaient, disait-il, qu'il devait recevoir en grâce les jésuites , et même les bien traiter , parce que , s'il les réduisait au déses-

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