LIVRE VINGTIEME
marche comme celle qu'il exigeait de moi pour *;• m'ôter dans la suite tous les moyens de le servir *' auprès de cette princesse dans les occasions qu'il savait bien n'être que trop fréquentes. Nous contestâmes Henri et moi; mais je l'emportai à la fin, et je laissai un autre faire sa cour au prince par des moyens infaillibles, mais pour lesquels je ' ; * 11 avais jamais senti que de la répugnance. Si je pris encore quelque part au reste de cette affaire , ce fut pour empêcher que la conclusion n'en fût aussi honteuse pour Henri que je prévoyais qu'elle allait l'être.
Ce prince ne manqua pas de courtisans qui le servirent à son goût; le manège de la cour se montra dans son plus beau jour. Aussitôt qu'on s'y aperçut que Henri ne pouvait ni se dégager de sa maîtresse ni commander à la reine , cette foule d'esclaves volontaires de tous les désirs et des passions du souverain sut accommoder ses démarches, ses paroles, et jusqu'à l'air du visage, à cette disposition. Personne n'osait contredire ni la reine ni la marquise. On ne faisait que feindre l'un et l'autre auprès du roi, suivant l'espèce de commission qu'on avait reçue de ce prince. On ne servait sa colère qu'à" demi, afin d'avoir une justification toujours prête des deux côtés. Sigogne avait été envoyé de la part de sa majesté me porter, au sujet de la marquise, un ordre trèsiv. i4
sévère, et conçu en des paroles extrêmement fortes. Il ne fit pas difficulté de m'en supprimer la moitié ; et ce qui est plus singulier, c'est que Henri le sut, me le dit lui-même, et ne s'en servit pas moins des mêmes personnes. Si la faiblesse fut poussée loin de la part de ce prince , la flatterie le fut encore davantage de la part des courtisans. On n'a jamais mieux connu jusqu'à quel point elle est ingénieuse, et tout ensemble rampante, basse et misérable.
Personne ne fut trompé à la manière dont en usa Henri à l'égard de la marquise de Verneuil; mais on ne laissa pas d'être surpris qtte la grâce qu'on lui accordait s'étendît jusque sur deux coupables que la voix publique avait déjà condamnés à la même punition que le maréchal de Biron. La peine 1 du comte d'Auvergne fut commuée en une prison perpétuelle à la Bastille, où il est vrai que
1 « Le roi transmua cette peine, dit Bassompierre, en unt- « prison perpétuelle, partie en considération de madame d'An- « gQuIômc, qui en fit de merveilleuses instances; mais davan- « tage, par une raison qu'il nous dit, que le feu roi Henri III, « son prédécesseur, ne lui avait, en mourant, recommandé « que le comte d'Auvergne et Le Grand, et qu'il ne voulut pas « qu'il fût dit qu'il eût fait irtourir un homme que celui qui « lui avait laissé lo royaume lui avait si affectionnément re- « commandé. » ( Tome 1, p. i65.) Mais ni Sully ni Henri IV, s'entretenant sur ce sujet avec- son ministre, ne disent un seul mot de ce motif. *