‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 95 sur 245 · LIVRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIÈME

cette fois il eut le temps de s'ennuyer 1 ; celle du père de la daine en un exil dans ses terre*; et i pour elle, elle eut grâce entière a, et même elle ^ en dicta les conditions.

Ce procès ne pouvait être terminé entre le roi et sa maîtresse sans en faire naître un autrè entré

ce prince et la reine, à qui cette nouvelle com« plaisance du roi son époux donnait une belle matière de crier et de s'emporter. Il fallut songer à l'apaiser; et le roi sut encore bien me trouver en cette occasion. Toutes les autres peines ne furent que peu de chose auprès de celle-là. Chaque moment, nouvelles paroles à justifier, nouvelles démarches à interpréter, nouveaux intérêts à concilier. La nuit y fut bientôt employée, aussi-bien

' H en sortit sous le règne suivant. Il avait soixante-Onze ans, lorsqu'en 1644, il épousa en secondes noces mademoiselle de Nargonne; et comme cette dame n'est morte qu'en 1713, âgée de quatre-vingt-douze ans, on a vu, par une espèce de paradoxe chronologique, une bru mourir près de cent quarante ans après son beau-père.

* « Le roi, dit Péréfixe, permit à la marquise de se retirer « à Verneuil ; et sept mois s 'étant écoulés sans que le procu- « reur général eût trouvé aucune preuve contre elle, il la fit « déclarer entièrement innocente du crime dont elle avait été « accusée. Il la dispensa, dit le Mercure français, de se pré- «senter à la cour du parlement, pour y faire enregistrer ses « lettres d'abolition , lesquelles furent entérinées le 6 septembre. » Voyez le détail de tout ce procès dans de Tàou, année i6o5; Siri, ibid. p. 299, et autres "historiens.

que le jour. Le calme était-il rétabli , un orage survenait aussitôt qui remettait tout au premier état. Je trouvai , à mon retour du Limousin , sur la fin de Tannée , plus de brouilleries à Fontainebleau qu'il n'y en âvait jamais eu. Que faire à un mal irrémédiable , sinon le déplorer et se taire ? C'est le parti que je pris. Je retirai même toutes les lettres que le roi m'avait écrites à ce sujet , et je n'en laissai aucune entre les mains de mes se-

crétaires , auxquels je ne fis plus part de tout ce qui me fut confié par le roi dans tout ce temps-là, quelque instance qu'ils m'en fissent. J'arrachai une de ces lettres , et des principales , des mains de l'un d'eux, que je trouvai commençant à la lire, (fcuis mon petit cabinet vert, où je l'avais envoyé me chercher des papiers. J'agis aujourd'hui dans le même esprit d'ôter au public la connaissance de toutes ces tracasseries. Qu'y verrait-on, au reste? qu'une répétition inutile de rapports, de reproches, de jalousies , de desseins violens; toutes choses dont je crois que le lecteur doit être présentement bien las.

De l'humeur dont était le comte d'Auvergne, on croit bien qu'il ne prit pas en gré le séjour de la Bastille, ni d'Entragues le repos dont on le faisait jouir malgré lui. On découvrit six mois après que le vcomte d'Auvergne avait concerté avec son beau-père, -qui. apparemment trouva le

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secret de se faire jour jusque dans sa prison , les moyens de se sauver de la Bastille. L'avis fut si bien appuyé par celui qui le donna, qui était un nommé Le Cordier, que, sur son rapport, le grand-prévôt trouva effectivement dans le bois de Malesherbes les cordes, les poulies et les autres engins dont on devait se servir pour cette évasion, et qu'il alla ensuite arrêter de nouveau d'Entragues , et lui faire subir un interrogatoire cbez lui. Celui-ci prétendit qu'il n'était pas obligé de répondre au grand-prévôt. Il fallut l'y contraindre par une commission spéciale, que sa majesté envoya du fond des provinces où elle était alors.

D'Entragues composa pendant ce temps-là une espèce de Jactum , écrit et signé de sa main , pour justifier ses procédés, et il crut en être quitte pour cela. Cette pièce était bien digne de son auteur, par le tour adroit et spécieux dont il colorait sa conduite, quoique avec toute sa finesse il eût pourtant échoué sur l'article principal , qui 'était de donner l'explication des cordes et dès machines cachées dans le bois dé Malesherbes.1 Il se défendit beaucoup plus mal lorsque , malgré cette pièce, il se vit obligé de subir l'interrogatoire. Il soutint opiniâtrement qu'on ne pouvait lui prouver aucune mauvaise intention dans ces cordes et dans ces pou Lien. Le grarid-préyôt, n'omit rien de ce qui était de sa charge. Ti ent soin de

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séparer tout d'abord les domestiques de d'Entragues , avant qu'ils eussent pu rien concerter , ni entre eux, ni avec leur maître. Mais, malgré la colère que Henri fit éclater, on sent dans toute cette procédure un air de faveur tout-à-fait propre à rassurer le coupable. Quoique Le Cordier fournît tous les éclaircissemens nécessaires, et qu'il / chargeât grièvement un nommé Ciez, entre autres , on aima mieux en croire cet accusé, sur la simple parole qu'il cfonna de n'avoir connaissance de rien, et il ne fut pas même enfermé. J'envoyai de mon gouvernement où j'étais, pendant ce nouveau débaf , des ordres à mon lieutenant de la Bastille, pour resserrer plus étroitement le comte d'Auvergne : c'est à quoi tout cela aboutit.

Racontons de suite la fin d'une autre affaire , commencée et presque achevée l'année précédente; . c*|és$ l'entière réhabilitation des jésuites. Ces pères crurent qu'il y manquerait toujours quelque ctyose, quelques témoignages qu'ils reçussent cje la bienveillance de sa majesté, tant qu'on verrait jsuj?sisjer pyramide 1 élevée sur

• , Cette pyramide ou pilier, d'environ vingt pieds de hauteur, assez bien travaillée, était placée vis-à-vis le Palais, n'y ayant que la roc entre -deux. Au-dessus du piédestal, était gravé sur les quatre faces, dans autant de plaques.de marbre noir, l'arrêt du parlement, dont il a été fait mention ri-devant à l'occasion du procès de Jean ChàteJ; avec ç^s inscriptions.

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