LIVRE VINGTIEME
le sol de la maison de ChâteJ. Sa majesté, pressée, priée, persécutée sur cet article, consentit à la fin qu'il fut remis à la délibération de son conseil Je croyais, et beaucoup d'autres pensaient comme moi, que ce n'était point traiter la société en ennemie, que de conclure à biffer seulement l'inscription, un peu forte, à la vérité, dont cette pyramide était chargée; mais elle avait su si bien gagner la plus grande partie de ceux qui composaient le conseil, qu'elle en obtint un arrêt tel qu'elle le demandait. Ce que je fis en cette occasion ne me paraît pas mériter tout le poids de l'indignation des jésuites; cependant ma perte parut dés-lors à ces pères, et surtout aux trois qui jouaient le plus grand rôle à la cour, importer si fort à la religion , à la cause commune et à leur intérêt particulier, qu'il fut résolu qu'on y travaillerait avec beaucoup d'ardeur. Aux trois jésuites fut associé pareil nombre des principaux seigneurs de la cour, que je ne nommerai point non plus. Il ne fut besoin que de réveiller en eux de vieilles idées de Ligue , dont le nom était à la
vérité proscrit à la cour, mais non pas l'esprit ni
cqpçues dans4es termes les plus flétrissans pour les jésuites. Ces inscriptions sont conservées dans les Mémoires de la Ligue, t. 6 ; d'jubigné, t. 3, liv. 4> chap: 4 ? les manuscrits royaux, volume coté 9o3.3, où se voit anssi la traduction française qui en fut faite en ce temps-là, et clans quelques autres écrits.-
ai6 MEMOIRES DE SULLY.
la politique. Il ne leur fut pas difficile de grossir en peu de temps considérablement leur parti , en y faisant entrer tous ces courtisans voluptueux > dont on convenait que c'était avec plus d'imprudence que d'injustice que je censurais la vie molle et efféminée. En se rendant utile à leurs associés, les jésuites s'en servirent à leur tour si avantageusement pour eux-mêmes , qu'en fort peu de temps on leur vit fonder nombre de collèges dans plusieurs des principales villes du royaume , et y appliquer des revenus considérables.
Ils ne trouvèrent pourtant pas partout une égale facilité à réussir. Ceux de Troyes, par exemple, de Reims et de Langres ne reçurent pas favorablement les offres que la société leur fit de ses services ; il fallut avoir recours aux lettres de sa majesté. Les pères Cotton et Gautier furent chargés de les demander au roi, à qui tant de requêtes l'une sur l'autre ne laissaient pas de donner quelquefois à penser. Il leur répondit qu'il ne deman- ■ dait pas mieux que de les gratifier en tout, mais qu'il craignait qu'à la fin ils ne compromissent l'autorité royale. Il leur cita pour exemple Poitiers-, où; malgré les mandemens qurils avaient obtenus, .de lui, . depuis près de. deux ans. qu'ils travaillaient à. se foire recevoir dans cette ville, ils n'avaient pu venir à bout de rien , quoiqu'en même