LIVRE VINGTIEME. ai
temps elle fît instance pour la fondation d'un collège royal. Le P. Cotton repartit , que ce qui s'était passé à Poitiers n'emportait aucune conséquence pour les autres villes, parce qu'ils n'auraient pas le malheur de trouver partout dans leur chemin des personnes aussi puissantes, aussi respectées dans la province, et aussi favorisées de sa majesté même , qu'ils en avaient trouvé dans l'affaire de Poitiers.
Le roi n'eut pas besoin de toute la pénétration avec laquelle il se piquait quelquefois de connaître aux gestes seuls et à l'air du visage de ceux qui lui parlaient tout ce qu'ils avaient dans le cœur1. Il répliqua au P. Cotton, qu'il entendait de reste tout ce qu'il voulait dire, mais qu'il était assuré que c'était une pure calomnie, fondée, de la part du père, sur des rapports qu'on lui avait faits, parce que, m'en ayant parlé à moi-même, loin d'avoir paru être dans les dispositions qu'il me supposait, je l'avais assuré que je ne nuirais point à cette entreprise, et même que je l'appuierais. « Ah! ah! Sire, reprit le père, Dieu me garde « d'offenser, fâcher, ni mal parler de ceux que « vous aimez, et dont, vous croyez être si bien « servi ; je ne cesserai jamais de les honorer et de
' Matthieu a remarqué la même- chose dans -Henri IV. « Il « jugeait, dit-il , des actions et des paroles, sur la mine et sur <f les yeux. » Tome 2, liv. 4 , p. 807.
« les servir moi-même • mais si votre maiesté von- « lait bien qu'on lui fît connaître la vérité par de « bonnes preuves, rien ne serait si facile que c « lui justifier clairement qu'il n'y a point de sup- « position dans tout ce que j'ai eu l'honneur de « lui dire. » Le roi lui demanda plus sérieusement encore s'il était bien sûr de prouver ce qu'il venaitjf d'avancer. Le père le confirma de nouveau. « Hé « bien ! lui dit le roi en le congédiant , j'y aviserai ; » et il m'envoya chercher à l'heure même.
Arrivé aux Tuileries, Henri me prit par la main et me mena dans l'orangerie, où, en se promenant, il me demanda , comme sans dessein , où en était l'affaire des jésuites à Poitiers. Je lui répondis que je n'en savais rien, ne m'en étant point mêlé, pour les considérations que je lui avais marquées. « Regardez bien à ce que vous dites, reprit ce « prince , car on m'a voulu persuader que « seul empêchez cet établissement. » Je lui rai avec serment que, directement ni indi ment, je n'y avais pas fait ia moindre opposition, que je n'avais pas même témoigné y avoir la moindre aversion. « Oh bien ! puisque cela est « ainsi, me dit Henri, ne faites semblant de rien, « et n'en parlez à personne. » En rentrant dans le Louvre, il prit de même le P. Cottpn en particulier, et lui dit : * Or çà, mon père, qui vous « a fait tous ces beaux contes touchant M. de