LIVRE VINGTIÈME. 2IO
« Rosny ? car cela est entièrement faux , comme « je m'en étais toujours bien douté. » Cela ne se trouvera point faux, Sire, répondit le P. Cotton; et pour ne laisser aucun doute à sa majesté sur la vérité de ces paroles, il l'appuya en ce moment sur des lettre écrites par moi à l'évêque de Poitiers 1 , aux trésoriers de France de cette ville, iuux Sainte-Marthe et autres , sur lesquels je pouvais tout , dit-il , et à qui je mandais formellement de s'opposer à l'établissement de la société ; qu'il avait vu ces lettres, de ses propres yeux, entre les mains d'un homme plein d'honneur et de droiture, et qui les lui avait fait lire. <r Me feriez-vous « bien voir ces lettres? lui dit le roi. Oui, Sire, « reprit le jésuite, quand il vous plaira. » Sa majesté, qui avait balancé jusque là entre le père et moi, ne put s'empêcher cette foi de le croire à mon préjudice. « Je parlerai demain à vous, lui « dit ce prince, et je vous donnerai tous les ordres « qui vous seront nécessaires. »
Je retournai encore le lendemain matin aux Tuileries, sur les huit heures, sa majesté me l'ayant envoyé dire de fort grand matin. Elle me parla des dépêches ordinaires et des affaires courantes ; puis elle me mena, comme la veille, dans l'orangerie, où je devinai, seulement à l'air de son visage, une partie de ce qu'elle allait me dire. « Vous
' Geoffroy de Saint-Belin, évéque de Poitiers.
« savez, me dit ce prince, combien je vous aime; « mais vous savez aussi combien j'aime la vérité « et hais le déguisement. Vous en avez eu avec « moi; et, quoique je ne vous cache aucun de « mes secrets, vous avez usé de dissimulation dans « ce que je vous ai demandé au sujet des jésuites. « Ce n'est pas que je m'offense de la chose en soi ; « comme ils ne vous témoignent pas beaucoup ;. « d'amitié, je ne m'étonne point que vous ne soyez ce pas le solliciteur de leurs affaires ; mais je suis « fâché de voir que vous ne m'en avez pas parlé « franchement, vous qui faites profession d'être « vrai et sincère. »
J'écoutais le roi sans rien dire , par un effet de ma surprise. « Voilà, Sire, lui dis-je enfin, la plus « grande imposture du monde. Je ne vous demande « d'autre grâce que d'en poursuivre l'éclaircisse- « ment jusqu'au bout. Si l'accusation des jésuites « se trouve véritable, usez à mon égard de toutes « les punitions qu'il vous plaira, je ne m'en plain- « drai point ; mais aussi , si elle est fausse , perce mettez-moi, Sire, je vous en supplie très-humcc blement, que je m'en fasse une justice exemplaire, « afin de prévenir dans la suite tout autre dessein ce semblable à celui-là ; parce que , s'il fallait que « je ne fusse continuellement occupé qu'à faire ce des apologies pour ma défense, il ne me serait a plus possible de vaquer à toutes les affaires de