‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 99 sur 245 · LIVRE VINGTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIEME

« l'état, dont le nombre et le poids passent déjà « nia portée. Quoi! interrompit ce prince, vous « n'avez rien écrit contre les jésuites et leur coite lége à qui que ce soit, ni de près, ni de loin? « Rafraîchissez votre mémoire , ajouta-t-il , afin de « ne vous engager à rien soutenir dont le conte traire puisse être prouvé. Non , Sire, répliquai-je, « je vous le jure sur mon Dieu et mon salut. Com- « ment, poursuivit le roi avec une véritable in- « dignation; voilà de malins esprits, et qui ne « peuvent se lasser d'envier la vertu , et de nuire « à ceux qui me servent bien. Laissez-moi faire , « je veux approfondir cette menée, et en décou- « vrir la source et les auteurs. »

Il me quitta pour s'en aller à la messe aux Capucins, où il savait qu'il trouverait le P. Cotton. Il l'appela; et l'ayant encore mis sur la question des jours précédens, il lui demanda où étaient les lettres qu'il lui avait dit avoir vues. « Elles sont , « Sire , lui dit le père , entre les mains d'une per- « sonne d'honneur , et je garantis la vérité de ce « que cette personne m'en a dit, comme de ce a qu'elle m'en a montré. C'est assez, reprit sa « majesté , mais allez me les chercher, afin que je « les voie. Je connais son écriture et son seing , « comme le mien propre , ayant reçu plus *de deux « mille lettres de lui en ma vie. » Le père se sentit embarrassé d'un ordre qui venait si mal à propos.

Il chercha à l'éluder en prenant sa majesté à témoin de sa bonne foi et de son aversion pour le mensonge. « Je veux bien vous croire , lui dit ce « prince , mais je veux aussi le faire croire aux au- « très en leur présentant les lettres : ainsi ne man- « quez pas, poursuivit-il en prenant un ton tran- « chant , de me les apporter; car, encore une fois, « je veux les voir pour convaincre de malice et de « fraude ceux qui le mériteront. Allez , et revenez « aussitôt. »

Il n'y avait rien à répliquer à tout cela. Le père salua sa majesté et s'éloigna. Mais le roi l'attendit inutilement tout le reste du jour. Le père s'excusa le lendemain matin sur l'absence de la personne dépositaire des lettres ; mais il fallait trouver une autre excuse, qui lui coûtait bien davantage, sur ce qu'il revenait sans les apporter. Il dit au roi qu'un malheur avait voulu que le valet de chambre de ce seigneur eût jeté au feu les lettres avec d'autres papiers. Au défaut de lettres, il apporta mille nouvelles assurances ; mais le roi n'était plus d'humeur à se payer de cette monnaie. « Com- « ment ! dit-il en l'interrompant avec colère, a « brûlé ces lettres ? cela n'est pas croyable. » Et comme il vit que 4e P. Cotton, qui sentait bien que cette affaire n'était plus pour en demeurer là, ne faisait que biaiser dans ses réponses,' et semblait demander qu'on ne parlât plus de tout ce

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