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trois lettres dont je lui dis ensuite le contenu. Desportes était l'agent ,dont le baron de Medavy ' avait résolu de se servir pour traiter de son accommodement et de la reddition de VemeuiL Pour la lettre de madame de Simiers et celle de L^font , elles roulaient sur certaines facilités <jui se présentaient de mettre Villars dans les intérétè du roi : mais les choses changèrent bien de face à son égard par la perte de Fécamp , qui fut si sensible à ce gouverneur qu'il rompit pour cette fois tout accommodement. J'en fus informé par de nouvelles lettres de madame de Simiers et de Lafont en réponse aux miennes , dans le moment que je me disposais à partir par ordre du roi pour entretenir Villars dans ses bonnes dispositions. Voici ce qui s'était passé à Fécamp; c'est un trait de hardiesse qui mérite de trouver place
Lorsque ce fort fut pris par Biron sur la Ligue , il y avait dans la garnison qui en sortit un gentilhomme nommé Bois-Rosé ^ , homme de cœur et de tétci, qui remarqua exactement la place d'où on le chassait, et prenant ses précautions de loin ,
' Pierre Rouxel, baroa^de Medavy, comte de Grancey, lieutenant-général en Normandie , et conseiller d'état , mort en 1617. Il ctait doué d'une force de corps singulière.
■ N. de Goustiminil, ou Gous'^-inil, sieur de Bois«Rosc. Voyez la Chronologie noverinalre , liv. 5, page 94»
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fit en sorte que deux soldats qu'il avait gagnés furent reçus dans la nouvelle garnison que les royalistes établirent dans Fécamp. Le côté du fort qui donne sur la mer est un rocher de six cents pieds de haut, coupé en précipice , et dont la mer lave continuellement la base à la hauteur d'en- ^on douze pieds , excepté quatre ou cinq jours de Tannée, où pendant 1^ morte eau, la mer laisse à sec l'espace de trois ou quatre heures le pied de cette falaise, avec quinze ou vingt toises de sable. Bois-Rosé , à qui toute autre voie était fermée pour surprendre une garnison at^ tentive à la garde d'une place nouvellement prise , ne douta point que , s'il pouvait aborder par cçt endroit, regardé comme inaccessible, il ne vînt à bout de son dessein. U ne s'agissait plus que de rendre la chose possible ; et voici comment il s'y prit.
U était convenu d'un signal avec les deux soldats gagnés, et l'un d'eux l'attendait continuellement sur le haut du rocher , où il se tenait pendant tout le temps de basse-marée. Bois-Rosé, ayant profité d'une nuit fort noire , vint avec cinquante soldats déterminés et choisis exprès parmi des matelots , et aborda avec deux chaloupes au bas du rocher. Il s'était encore muni d'un gros câble, égal en longueur à la hauteur de la falaise, et il y avait feitdes nœuds de distance en distance,
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et pstssé de courts bâtons pour pouvoir s'appuyer des mains et des pieds. Le soldat qui se tenait en faction , attendant le signal depuis six mois , net l'eut pas plus tôt reçu , qu'il jeta du haut du précipice un cordeau , auquel ceux d'en bas lièrent, le gros câble , qui fut guindé par ce moyen , et attaché à l'entre-deux d'une embrasure avec un fort levier passé par une agrafe de fer faite à ce dessein. Bois -Rosé fit prendre les devans à deux sergens dont il connaissait la résolution, et ordonna aux cinquante soldats de s'attacher de même à cette espèce d'échelle , leurs armes Kées autour de leur corps , et de suivre à la file , se mettant lui-même le dernier de tous, pour ôtcr aux lâches toute espérance de retour. La chose devint d'ailleurs bientôt impossible; car avant qu'ils fussent seulement à moitié chemin , la marée , qui avait monté de plus de six pieds , avait emporté la chaloupe et faisait flotter le câble. I^ nécessité de se tirer d'un pas difficile n'est pas toujours un garant contre la peur, lorsqu'on a autant de sujet de s'y livrer. Qu'on se repn-Mffite au naturel ces cinquante hommes suspimâus ifotre le ciel et la terre au milieu des ténèbres, ne teiinnî qu'à une machine si peu sure, qu'un léger manque de précaution, la trahison d'un soldai m^rr^:^- Dairc ou la moindre peur pouvait les prédpîu-r dans les abîmes de la mer ou les écm>^ ***'* U^
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rochers; qu'on y joigne le bruit des vagues, la hauteur du rocher , la lassitude et l'épuisement , il y avait dans tout cela de quoi faire tourner la tète au plus assuré de la troupe ; comme elle commença en effet à tourner à celui-là même qui la conduisait. Ce sergent dit à ceux qui le suivaient qu'il ne pouvait plus monter , et que le cœur lui défaillait. Bois-Rosé , à qui ce discours était passé de bouche en bouche, et qui s'en apercevait parce qu'on n'avançait plus , prend son parti sans balancer. Il passe par-dessus le corps de tous les cinquante qui le précèdent , en les avertissant de se tenir ferme , et arrive jusqu'au premier , qu'il essaie d'abord de ranimer. Voyant que par la douceur il ne peut en venir à bout, il l'oblige, le poignard dans les reins, de monter, et sans doute que , s'il n'eût obéi , il l'aurait poignardé et précipité dans la mer. Enfin la troupe , après toute la peine et le travail qu'on s'imagine, se trouva au haut de la falaise un peu avant la pointe du jour , et fut introduite par les deux soldats dans le château , où elle commença par massacrer sans miséricorde le corps de garde et les sentinelles. Le sommeil livra presque toute la garnison à la merci de l'ennemi, qui fit main-basse sur tout ce qui résista, et s'empara du fort.
Bois-Rosé donna aussitôt avis à l'amiral de Villa rs de ce succès presque incroyable, et il crut