‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 9 sur 239 · LIVRE SIXIÈME. ' l · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. ' l

tions qu'il était obligé de prendre : il m'en fit souvent les plaintes les plus amères.

Il se serait trouvé heureux si la conduite des catholiques de sa cour l'eût du moins consolé de celle des catholiques ligueurs ; mais ils n'en avaient pgis changé non plus que les autres, pour avoir vu le roi se faire catholique ; et ils ne s'en croyaient pas moins en droit de l'assujettir à toutes leurs fantaisies. Ils souffraient impatiemment que le roi n'eût pas rompu tout commerce avec ses anciens serviteurs protestans : leur mécontentement éclatait à le voir seulement s'entretenir avec quelqu'un d'eux, surtout avec moi. La crainte que je ne le rentraînasse dans sa première croyance les touchait beaucoup moins que l'idée qu'ils avaient que je le portais dans ces entretiens à chercher un remède aux abus du gouvernement, et principalement au désordre des finances. Henri, qui ne se voyait pas encore au point de pouvoir parler en maître, eut la complaisance de fuir toute conversation partic^ilière avec les huguenots. Il reprit ses conférences sur la religion avec les seuls catholiques, et les continua à Andresy, à Milly et autres lieux. Je profitai de cette conjoncture, et je demandai à ce prince la pennission de faire un voyage à Bontin, où j'avais pour cinq à six mille écus de blé à vendre. En me l'accordant, sa majesté me dit qu'à mon retour elle verrait peut-

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être plus clair dans ses affaires , et qu'elle pourrait m'en dire davantage.

J'arrivai avec mon épouse à Bon tin, dans un temps où les denrées étaient de fort bon débit. Toutes les grandes villes , se hâtant de profiter de la trêve pour remplir leurs magasins à tout événement, donnaient en échange l'argent que les Espagnols avaient répandu partout. Les pistoles d'Espagne étaient si communes en ce temps-là, qu'elles devinrent la monnaie la plus ordinaire dans le commerce.

J'avais à peine vendu la moitié de mes blés, qu'une lettre que le roi m'écrivit de Fontainebleau me rappela auprès de lui. Il avait décacheté en mon absence trois lettres à mon adresse, dont il n'avait pu tirer aucun éclaircissement, parce que deux de ces lettres, l'une ^de madame de Simiers ^ , sœur de Vitry et grande amie de l'amiral de Villars, et l'autre de Lafond, étaient écrites en chiffres, et que la troisième, qui était d'un nommé Desportes, de Verneuil, ne marquait rien autre chose sinon que cet homme avait à m'entretenir sur une proposition gue je lui avais faite dans mon abbaye de Saint-Taurin d'Évreux. Le roi, obsédé par les catholiques, ne put faire autre chose en ce moment que de me remettre les

' Louise de THopital-Vitry, femme de Jacques de Simiers > grand-maître de la garde-robe du duc d*AlençoD.

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