LIVRE SIXIKME
tjue la moindre gratification à laquelle il devait s'attendre était le gouvernement de cette citadelle , qu'il avait si bien acheté. Cependant il lui revint que Villars , ou plutôt le commandeur de Grillon ' songeait à Ten chasser. Dans le premier transport de colère que lui causa cette injustice , il remit le château de Fécamp au roi , dont il venait d'apprendre la converAl^ir. A cette nouvelle , Villars rompit la négociation qu'il avait permis à madame de Simiers et à Lafont d'entamer en son nom, et il envoya investir Fécamp. Bois-Rosé, qui se sentait trop faible, appela à son secours le roi, qui s'achemina dans l'instant vers roeppe, et vint loger à Saint-Valery , en Caux. Les trois mois de suspension étaient finis lorsque se fit cette hostilité ; mais le roi s'était porté à la prolonger de deux ou trois mois , sur la représentation que lui avait fait faire le duc de Mayenne, qu'il lui Ëdlait un temps plus considérable pour régler une afiEsdre aussi importante que son accommodement et celui de la Ligue. 11 ne manqua pas de crier contre le roi à l'infraction , et il fit partir le comte, de Belin , gouverneur de Paris , pour lui en porter ses plaintes. Belin vint à Saint-Valery , et s'acquittant de sa commission , il demanda encore au roi une prolongation de trêve pour trois mois , tem[i.s nécessaire au duc de Mayenne pour faire con-
' Thomas Berton, gouverneur de Uoufleur , fi «;re de Gi illoo.
naître ses dernières intentions à Rome et à Madrid, où il avait envoyé pour ce sujet le cardinal de Joyeuse et Montpezat ^ Le roi, qui vit qu'on ne cherchait qu'à l'amuser, rejeta les propositions du comte de Belin; et, sans vouloir l'entendre davantage sur un violement qui devait être imputé en première cause à ses ennemis, il s'avança droit à Féca^p , obli^i^ les troupes de Yillars de se retirer , et pourvut abondamment cette forteresse de tout ce qui était nécessaire pour sa sûreté.
De retour à Mantes , le roi apprit que le marquis de Vitry ^ était disposé à le recevoir dans Meaux. Pour seconder les bonnes intentions de ce gouverneur, sa majesté vint à Lagny, où tout fut réglé de manière qu'elle fit une entrée solennelle dans Meaux ^ , le premier jour de l'année
' François, le second des sept fils de Guillaume de Joyeuse; Henri Desprez, sieur de Montpezat.
* Louis de l'Hôpital , marquis de Vitry.
' Le duc de Mayenne ayant fait faire des reproches à Vitry de ce qu'il l'avait trahi en livrant Meaux au roi , Vitry répondit à son envoyé : « Vous me pressez trop , vous me ferez à la fin « parler en soldat. Je vous demande si un larron , ayant volé « une bourse, me l'avait doanée en garde, et «i après ^ recon- « naissant le vrai propriétaire, je lui rendais la bourse, et ren fusais de la donner au voleur qui me l'aurait confiée , au- 0 rais-je, à votre avis , fait acte mauvais et de trahison ? Ainsi « est-il de la ville de Meaux. » Mémoire pour, VHistoire de France , tome 2.