‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 100 sur 239 · LIVRE SEPTIÈME. ao · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. ao

talent montrés si ardens à conseiller la guerre ; et pourquoi ils laissaient sa majesté en supporter seule le fardeau , et recevoir échec sur échec. Il faut le dire à* la honte du nom français, ils songeaient à tirer parti pour eux-mêmes des malheurs que leur imprudence avait causés , et que leur nonchalance augmentpit ; et ils tramaient cependant des desseins plus ruineux à l'autorité du roi que la guerre étrangère la plus cruelle. On va en être instruit dans un moment.

Le roi, supérieur à la mauvaise comme à la bonne fortune, consola ceux qui étaient sortis de Calais, pourvut à la sûreté de Boulogne, Abbeville, Montreuil, Monthulin et autres châteaux et places, et marcha vers Saint-Quentin, dans la crainte que les ennemis, qui n'étaient pas éloignés de ces quartiers, ne surprissent quelqu'un des seigneurs et officiers-généraux qui s'y rendaient enfin l'un après l'autre. Ils choisirent ce moment pour travailler auprès du roi à l'exécution du dessein qu'ils avaient formé ensemble avant que de partir de Paris. Ce fut le duc de Montpensier qui se chargea de cette commission ; non qu'il fut le plus malintentionné , mais il était le plus facile et le plus faible. Il aborda le roi à Saint-Quentin, et lui proposa, de la part des principaux seigneurs français, comme l'unique moyen de résister à ses ennemis, d'abandonner

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aux gouverneurs Mes provinces la propriété de leurs gouvernemens , à droit d'hérédité , et sans être obligés à rien envers le roi qu'à l'hommagelige.

On ne comprend pas comment une proposition qui tendait si visiblement à rejeter ]a France dans l'état d'anarchie qui, l'avait remplie de sang et d'horreur dans ses premiers siècles , put sortir de la bouche d'un Français, d'un prince, et surtout d'un prince du sang. Henri ne trouva point de parole dans ce premier moment , tant il se sentit surpris et frappé de l'affront qu'on faisait à la di«gnité royale. M. de Montpensier , continuant un discours concerté de longue main, voulut prouver à sa majesté que tous ces gouverneurs, ou, pour mieux dire , tous ces petits princes , s'obligeant à lui tenir, pour tous ses besoins, des troupes toujours prêtes, elle ne se trouverait plus dans la si«tuation où elle était actuellement, de paraître sans soldats devant ses ennemis. De tous les sen* timens qui agitaient l'esprit du roi, ce prince ne montra au duc de Montpensier que celui d'une grande compassion de lui voir faire un personnage si indigne de lui. Il l'arrêta en lui disant sans la moindre aigreur qu'il n'en avait déjà entendu que trop; qu'il voyait bien qu'on avait abusé de sa facilité pour le charger d'un rôle dont il n'avait pas senti toute la bassesse , lui prince du sang.

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