LIVRE SEPTIÈME. ao
gouvernement , biens , femm^et honneur, au Heu de rougir et de se cacher, affectait de se produire, parlait haut, et voulait qu'en cet état, qui était son état naturel , on eût pour lui tous les égards qu'on conserve pour les souverains malheureux. Ije roi, résolu de tout tenter pour secourir Calais , voyant qu'il n'avait point de troupe avec lui pour entreprendre de forcer le camp de^ assiégeans , prit le seul parti qui lui restait , de se jeter lui-même dans la place à la tête d'un parti considérable. Il s'embarqua par deux fois dans ce dessein; mais le vent contraire le rejeta sur la terre. Comme il désespérait de son entreprise , Matelet , gouverneur de Foix , vînt lui offrir d'es-
place. Tous les historiens ont parlé du courage de Renée de ClermoDt, femme de Balagny, et sœur du brave Bussy d'Aniboise, qui, après avoir inutilement fait tous ses efforts pour inspirer de la résolution à la garnison et à son mari, ne voulut pas survivre à la perle de sa principauté , et se laissa mourir de faim ou de douleur. « Voilà en un chapitre l'abrégé des « plus grands affronts que de mémoire d'hommes )a France « ait reçus par les étrangers. >» Çest d'Aubigné qui parle ainsi, en finissant le chap. 9 du liv. 4» tome 3 de son histoire, dans lequel il a rassemblé la prise du Catelet et de la Gapelle , la défaite de Donricns, la prise d'Ardres, Cambrai et Calais. Balagny dit à un officier espagnol , qui paraissait étonné de lui voir emmener sa maîtresse avec lui, et dans le même bateau , que l'amour adoucissait les traits de la fortune : « Vous avez « raison, repartit l'Espagnol, et surtout à présent que vous «c aurez jBoins d'affaires que vous n'aviez. » P, Matthieu, t. a» liv. 2, page 219.
sayer pour une troisième fois l'entrée dans Calais^ et lui promit que, s'il voulait lui donner quatre ou cinq cents gentilshommes , il ferait tant , soit par mer, soit du côté de la terre, qu'il s'ouvrirait un passage. Le roi , l'ayant loué de sa résolution , lui donna l'escorte qu'il demandait, avec laquelle Matelet vint effectivement à bout de son entreprise , et entra dans Calais après avoir surmonté mille obstacles ' : mais il fit bientôt oublier sa belle action lorsqu'on vil qu'il ne s'était joint à la garnison de cette place que pour partager sa peur et consentir à sa capitulation. Ainsi le roi eut le chagrin de ne s'être avancé jusqu'à Calais que pour le voir rendre sous ses yeux.
On me demandera où étaient pendant ce tempslà tous ces seigneurs et officiers français qui s'é-
' Les historiens ne sont pas d'accord sur cette action. Les uns, comme de Thou et d*Aubigné , n'en disant rien , paraissent la révoquer en doute , d'autres l'attribuent au sieur de Campagnole le cadet ; Davila et nos mémoires à Matelet, gouverneuf de Foix. Elisabeth offrit de défendre Calais contre les Espagnols , à condition qu'on remettrait cette place aux Anglais eux-mêmes. Sancy, qui était alors ambassadeur à Londres^ répondit à cette reine que le roi l'aimait encore mieux dans les mains des Espagnols que dans celles des Anglais : et Henri IV disait aussi que , s'il avait à être mordu , il aimait autant que ce fût d'un lion que d'une lionne.... Ce qui fut cause qu'Elisabeth refusa depuis d'assiéger cette ville pendant que Henri IV assiégait celle d'Amiens , quoiqu'on lui offrît alors de la lui engager. Matthieu , ibid. , page aa3.