LIVRE SEPTIEME
et beaucoup plus proche de la couronne que n'en avait été autrefois Henri lui-même. Ce prince ajouta encore beaucoup de choses sur le même ton. Il était si éloigné de craindre de se voir ja* mais obligé à donner les mains à une pareille propqsitioa, et si déterminé à périr mille fois plutôt que de couvrir de cette infamie la famille et la dignité royale, qu'il n'eut pas même la pensée d'entrer à cet égard dans aucune discussion , ni de répondre un seul* mot sur le fond de la proposition \
Le duc de Montpensier sentit sa £stute par l'air et le ton dont sa majesté lui parlait. Il en rougit ^ en demanda pardon, et pria le prince d'oublier qu'il eut été capable de se dégrader ainsi lui-même de son rang. Le roi, après avoir fait connaître au duc tout son tort, lui enseigna le moyen de le réparer en quelque manière auprès de ceux qui lé lui avaient £adt commettre ; et pour lui , il assura M. de Mont^nsier qu'il voulait bien l'oublier et continuer à le regarder compie étant de son sang. Le duc de Montpensier convint qu'à la première occasion où les auteurs de la proposition le mettraient sur .ce chapitre , il déclarerait qu'il avait Élit ses réflexions sur ce qu'ils avaient exigé d» lui; qu'ils pouvaient charger un autre d'une pro-
' « !Nous sommes tous gentilshommes , » disait quelquefoi& Henri lY devant les princes du sann;.
position qu'il désavouait formellement; que, s'il en parlait jamais à sa majesté, ce ne serait que pour l'en détourner, et qu'ils devaient s'attendre qu'il en empêcherait l'effet lui-même par tous les moyens imaginables : ce qu'il exécuta ponctuellement et d'un air si naturel, qu'il déconcerta tous ces seigneurs, et leur ôta pour toujours l'envie de tenter sa fidélité.
C'était donc pour jeter le roi dans la nécessité de les rendre ses égaux que les princes et les gouverneurs des provinces de France 1 aidaient si mal des secours qu'ils lui avaient promis. Le duc de Bouillon fut un de ceux qui se firent le plus acheter. Comme sa majesté ne doutait pas de la part qu'il avait dans le complot, elle en voulut tirer la conviction de l'embarras du duc, sans lui faire connaître qu'elle en eût rien appris d'ailleurs. Bouillon était assez dissimulé et assez beau parleur pour bien cacher ce qu'il ne voulait pas qu'on découvrît; mais, outre que Henri n'avait pas moins de talens.pour pénétrer jusque dans le fond du cœur de ceux qu'il entretenait , la présence du souverain est seule un poids capable d'abattre un homme qui se sent coupable. Le roi comniença par s'assurer que M. de Montpensier ne lui avait point fait une seconde trahison auprès du duc de Bouillon. Il le mit ensuite sur la défaite de Dourlens, en lui demandant sans dé-