LIVRE SEPTIÈME. I2O
tour et avec une espèce de confiance comment avaient pu manquer ces intelligences si sûres que lui, duc de Bouillon, avait dans Liège, Namur et tant d'autres places du Luxembourg et du Hai* naut , et sur lesquelles , comme il savait , on s'était porté à entreprendre la guerre.
Bouillon, embarrassé de la question et de l'air simple dont elle était £adte, au lieu de répondre juste sur ses prétendues intelligaices, se jeta dans de grands discours sans suite qui le trahissaient mieux que Faveu le plus sincère. Il accusa tout le monde ; le duc de Nevers, qui lui avait, disaitil, débauché ses officiers et empêché ses levées; les Anglais, qui n'avaient point £sdt la diversion qu'ils avaient promise; les Hollandais, qui avaient profité de cette conjoncture pour s'agrandir euxmêmes du coté de l'Over-Issel et de la Frise. Sur quoi le duc de Bouillon, qui ne cherchait qu'à détourner de plus en plus la conversation, dit au roi que la première cause de tous les malheurs ne venait que de ce que sa majesté n'avait aucune personne de confiance et de poids à la cour de Londres, pour hâter le secours qu'elle avait promis, et en même temps il s'ofifrit pour cette ambassade, et même il la sollicita instamment. Le roi, jugeant qu'il était inutile de presser davantage le duc sur sa faute, cessa de lui en parler, et pour l'ambassade d'Angleterre, il y coi N fin,
aïO MÉMOIRES DE SULLY.
considérant qu'il perdait fort peu en perdant la présence du duc. Il lui en fit expédier la commission , et Bouillon partit peu de jours après pour l'Angleterre.
C'est de la bouche de sa majesté que je tiens le détail de cette conversation avec le duc de BouiU Ion, aussi-bien que de ceHe qu'elle eut avec le duc de Montpensier, dont il vient d'être parlé. Le roi n'eut pas plus tôt quitté Bouillon , qu'il fit réflexion que le duc, au lieu de le servir utilem^it à la cour de Londres, pouvait bien ne demander cet emploi que pour y donner de mauvaises impressions de sa conduite, ou du moins qu'il ne travaillerait que pour lui seul. Ce prince m'envoya chercher de fort grand matin par Jacquinot pour me communiquer sa crainte. M'étant mis à genoux sur un carreau près du lit de sa majesté, il me demanda d'abord ce qu'on disait et ce que je pensais moi-même du long entretien qu'il venait d'avoir avec le duc de Bouillon. Je répondis que chacun en conjecturait à sa manière, et qu'apparemment l'affaire de Ham et de Dourlens , et la proposition faite par M. de Montpensier, y avaient eu la meilleure part. Le roi me dit que je me trompais, qu'il connaissait assez le duc de Bouillon pour ne point douter que les reproches qu'il lui aurait pu faire sur tous ces sujets , loin de le corriger, n'auraient servi qu'à l'engager tout-à-