‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 103 sur 239 · LIVRE SEPTIÈME. 1 1 I · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. 1 1 I

fait dans la révolte. Ensuite sa majesté tti'ayant rapporté presque mot pour mot tout ce qui s'était dit enfre eux sur l'ambassade d'Angleterre , elle mè proposa d'y accompagner le duc de fiouilton polir éclairer ses démarches.

Tout se fait par souterrains à la cour. Ail sortir de sa conversation avec Bouillon , le roi ayant dit à MM. du conseil des finances qu'il envoyait le duc en Atigleterre , ces messieurs, après eh avoii* conféré ensenible, n'avaient trouvé rien dfe plus pîx)pre à satisfeire leur Jalousie contre moi que de persuader au roi qu'il devait me joindre au duc de Bouillon. Ma capacité danà les négociations reçut de leur part des éloges dont ils comptaient bien de se racquitter, dès qu'une fols ils seraient parvenus à m'éloigner du roi. Ce prince, ne pénétrant point leur intention, trouva cette idée de son goût ; mais je ne donnai pas dans le piège. Je fis apercevoir à sa majesté le vrai tiibtif de la feinte générosité de ces messieurs à mon égard. Dès le moment que le duc de Bouillon aurait eu le moindre soupçon que je l'observais et que je détruisais son ouvrage , il n'aurait pas manqué d'éclater contre moi, et de l'esprit dont il était, sa haine ingénieuse aurait trouvé le moyen dé me charger du mal qu'il aurait fait et du bien qu'il n'aurait pas voulu faire. C'est ce que mes envieux a^ '<\ bien senti que

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moi; sa majesté en convint, et s'étant rendue à mes raisons , elle ne me pressa plus.

Mes^urs du conseil ne s'en tinrent pas là. Lorsqu'ils revirent le roi', ils furent les premiers à avouer qu'ils avaient eu tort de vouloir me joindre avec le duc de Bouillon ; mais , comme ce duc ne devait être que fort peu de temps à Londres, ils imaginèrent de me faire remplir sa place avec le même titre et les mêmes honneurs. Tout leur était égal, pourvu qu'ils fussent défaits de moi. Le roi tomba encore dans leur sentiment, et me déclara son intention quelques jours après, avec un ordre de faire dès à présent tous mes préparatifs pour ce voyage, de me pourvoir d'argent et de disposer mon épouse à me suivre, si je jugeais à propos de la mener avec moi, ce que sa majesté ne trouvait pas nécessaire, mon voyage ne devant être , disait-elle , que de sept ou huit mois au plus. Ce prince, qui s'aperçut d'abord de ma répugnance , accompagna son ordre de tout ce qu'il put imaginer d'obligeant. Il me dit que, la nécessité des temps l'empêchant de me charger seul de ses finances , il se reprocherait d'exposer aux dangers d'un siège long et rude le seul homme de son royaume qu'il jugeait digne de remplir cette importante place. Sa majesté venait de se déclarer hautement sur le siège de la Fère.

J'admirais , pendant que le roi me tenait ce dis-

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