LIVRE HUITIÈME
conclu , il mourut de regret , à ce qu'on croit, de voir tant ^e grands projets réduits k si peu de chose. Saint-Sy(>rlin ^ , son frère , continua le traité pour lui-même. La mort du*^uc de Nevers ^ délivra encore le roi d'un serviteur aussi incommode qu'inutile. Enfin ce fut en ce temps-là que le duc de Mayenne, entièrement dégoûté de la mauvaise foi des Espagnols , commença à chercher sérieusement les moyens de rentrer dans les bonnes grâces du roi.
Il avait paru si important au roi de se rendre maître d'Arras, qu'après avoir essayé inutilement de le surprendre, il avait formé le dessein d'en faire le siège dans les formes. Je crois être le seul à qui il s'en ouvrit. Le secret était d'une si grande ^conséquence en cette occasion, que, n'osant confier à personne le soin d'observer cette place , il
' Henri de Savoie-Nemours.
' Louis de Gonzague mourut de la dysenterie à Neslc en i SgS, âgé de cinquante-six ans^ de chagrin, dit-on, de ce que s'entretenant avec Henri lY , auquel il donnait un conseil au sujet de la ville de Calais, ce prince lui avait répondu : « C'est bien « à vous à me conseiller là-dessus, vous qui n'avez jamais ap- « proche de cette place de plus près que de sept lieues. » Quoique de Thou, liv. ii3, et Brantôme , tome 6, page 362 , louent beaucoup ce seigneur, le reproche que lui fait le duc de Sully, d'avoir toujours été un serviteur extrêmement à charge à son maître, se vérifie aisément par les propres lettres de ce général à Henri IV , dont nous avons un recueil dans les Mémoires à^ fipvt^rs.
QtQLlÀ MÉMOIRES DE SULLY.
s'en chargea lui-même. J'avais séjourné tout cet hiver à Paris , occupé du service de sa majesté ; je faisais seulement de temps en temps un tour à Moret, où je me plaisais beaucoup. Un jour que je m'y occupais à faire niveler les hauteurs, à detix mille pas de la maison, pour y conduire deux ruisseaux , qui sont les deux nappes d'eau qu'où voit aujourd'hui à côté delà grande allée, je vis arriver un courrier de madame de Liancourt, chargé d'une lettre de cette dame , et d'une autre de sa majesté, par laquelle Henri m'informait de ses desseins sur Arras, et des moyens de les faire réussir. Je li'ai jamais vu ce prince dans une aussi grande colère qu'il me parut l'être dans cette lettre , contre « les maltôtes et les friponneries , » je me sers de ses termes, « de huit mangeurs ^ « qu'il s'était donnés, disait-il, au lieu d'un seul « qu'il avait auparavant. Ces coquins , ajoutait-il , (c avec cette prodigieuse quantité d'intendans qui « se sont fourrés avec eux par compère et par a commère, mangent le cochon ensemble, et ont « consommé plus de cent mille écus, qui était « somme suffisante pour chasser l'Espagne de la c< France. » Il n'y a en tout ceci rien qui ne soit exactement vrai. Je ferai bientôt toucher sensiblement la chose au doigt lorsque j'entrerai dans le détail des finances *: je vais setdement en rapporter d'avance deux ou trois traits.