‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 12 sur 239 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

1594.J et cet exemple fut suivi bientôt après par La Châtre ' , pour les villes d'Orléans et de Bourges.

La trêve étant finie , le roi alla faire le siège de la Ferté-Milon. Je voulais profiter de ce temps pour achever les affaires qui m'avaient conduit à Bontin; mais sa majesté me commanda d'aller faire la revue de quelques bataillons suisses à Montereau. Je mandai à madame de Rosny de se trouver en cet endroit, d'où je la ramènerais à Mantes. Elle m'y attendit inutilement : deux jours avant celui où je devais aller faire cette revue , je reçus de nouvelles dépêches de madame de Simiers et de Lafont , qui me mandaient que , l'homme (c'était M. de Villars) étant apaisé, rien n'empêchait qu'on ne reprît le projet rompu. Le roi jugea cette affaire assez conséquente pour ne pas différer d'un moment. Le comte de Chaligny * venait d'arriver à l'armée avec un passe-port pour Paris. Il avait prié le roi de lui donner un gentilhomme de confiance pour le conduire dans cette ville. Sa majesté jugea à propos que je profitasse de cette double occasion de connaître plus particulièrement les dispositions du duc de Mayenne et de la Ligue , et de me rendre sûrement à Rouen. ?

' Claude de La Châtre.

* Henri de Lorraine, comte de Chaligny , do la l)rAncho dtî Mouy.

^4 MÉMOIRES DE SULLT.

J'accompagnai donc le comte de Chaligny jusqu'à Paris , d'où , après une entrevue avec le duc de Mayenne , je me rendis par Louviers chez le sieur de Saint-Bonnet, à deux lieues de Rouen. Ayant donné de cet endroit avis de mon arrivée aux entremetteurs, on me vint prendre la nuit du lendemain , et l'on m'introduisit dans le fort de Sainte-Catherine , où le capitaine Boniface me reçut et me traita splendidement en attendant l'amiral de Villars , qui vint lui-même le soir , suivi d'un seul laquais, comme de mon côté je n'avais qu'un seul valet de chambre avec moi. Nous ne nous séparâmes qu'après un entretien de deux' heures, qui me laissa entièrement satisfait des sentimens de ce gouverneur. Cette entrevue se passa avec un fort grand secret. Outre que les gouverneurs des principales viUes royalistes des environs de Rouen n'auraient pas manqué de traverser la négociation par jalousie et par intérêt , et que peut-être ils auraient fait pis , comme ils firenl en effet sitôt qu'ils purent en soupçonner quelque chose, il y avait dans tout ce canton plusieurs troupes ligueuses et étrangères dont Villars n'était pas entièrement le maître, et il s'y en pouvait joindre en peu de temps un assez grand nombre pour le faire repentir de sa démarche.

Je passai cinq jours entiers dans le fort de Sainte-

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