‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 111 sur 239 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

ques mulets chargés de bagage. A une lieue de Clermont , dans un endroit où le chemin , rétréci par un coteau escarpé et par un vallon en précipice, ne laisse que la place assez juste pour passer deux voitures, le cocher du carrosse étant descendu pour quelques nécessités, un des mulets, en passant à côté de ce carrosse arrêté , effraya tellement par son hennissement et par ses sonnettes les chevaux , qui malheureusement étaient jeunes et ombrageux, qu'ils prirent le mors aux dents; ils commencèrent à emporter le carrosse et toute sa charge avec une si grande raideur , que , rencontrant d'abord deux des mulets, ils les culbutèrent. Les femmes enfermées, qui comprirent le danger où elles étaient en voyant mille abîmes ouverts sous leiurs pieds , se mirent à pousser des cris douloureux.* Le cocher et les muletiers avaient beau crier et appeler , s'efforcer , les chevaux ne s'arrêtaient point. Ils n'étaient déjà plus qu'à cinquante pas de la Utière , dans le moment que madame de Liancourt, effrayée du bruit qu'elle entendait , mit la tête à la portière. Elle jeta un cri épouvantable, ne voyant aucun moyen d'empêcher sa Utière d'être précipitée. Je me retournai aussi , et je frémis du danger de cette dame et de toute sa troupe, mais sans pouvoir y apporter de remède, à cause de la distance où j'étais : « Ah! « mon ami, dis-je à Lafont, que ferons-nous?

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« voilà notre femme* qui va être mise en pièces z a que deviendrons^nous? et que dira le roi? » Ek prononçant ces paroles, je ne laissais pas dr pousser mon cheval de toutes mes forces, mus cela ne me servait de rien , et je serais arrivé trop tard.

Par un de ces coups heureux, et qui tiennent du miracle, dans le fort du danger, Fessieu des petites roues étant sorti des moyeux par une violente secousse qui cassa les chevilles, ces deux roues tombèrent chacune de leur côté, le carrosse donna en terre et y demeura; un des chevaux de derrière fut renversé de la secousse , et retint Vautre. Les chevaux de volée rompirent les traits et vinrent passer si près de la litière , qui rasa le bord du précipice , qu'il est clair que , s'ils avaient encore traîné le carrosse , elle en aurait été accrochée et renversée. Je les arrêtai , et les fis prendre par mes domestiques ; ensuite je courus rassurer madame de Liancourt, qui était demi -morte de frayeur. Je passai jusqu'au carrosse, d'où je tirai toutes les femmes, dont la peur n'était pas moin* dre. Elles pensèrent étrangler leur cocher, et j'eus la complaisance de lui donner une volée de coups de canne. Enfin , la peur étant entièrement dissipée, et la voiture bien raccommodée, nous nous remimes en marche, et jusqu'à Clermont, je ne quittai plus la portière de madame da Tûancoorti

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