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Le roi s'était avancé jusqu'en cet endroit audevant de sa maîtresse , et il y arriva un . quart d'heure après nous. Pendant le récit de l'aventure, dont on ne manqua pas de l'instruire d'àbord j'observais ce prince, et je le voyais se troubler et pâlir. A ces mouvemens, que je ne lui avais jamais remarqués dans les plus grands dangers , il me fut facile de juger de la grandeur de sa passion pour cette femme.
Les premiers momens ayant été donnés à la tendresse , le roi me mit sur ses affaires , dont la plus pressante était l'avis qu'on lui donnait par une lettre écrite de Rouen que le duc de Montpensier, rengagé plus que jamais avec les factieux, tramait contre sa personne royale un des- •sein important qu'on ne déclarait pas, et qu'il s'attachait des .créatures par toutes sortes de moyens. Le roi en ressentait d'autant plus de chagrin, qu'il aimait naturellement le duc de Montpaaisier, et que, la politique l'empêchant de s'allier par le mariage de madame sa sœur avec le comte de Soissons, ni avec aucun des princes lorrains, il s'était accoutumé à regarder ce prince comme celui qui devait être son beaurfrère. Il voulut que , suspendant toutes les autres affaires pour celle-là, j'allasse à Rouen faire rentrer JVI. de Montpensier dans son ^voir , ou rendre ses hrir gués inutiles.
aSa MÉMOIRES DE SULLY.
J'y passai six jours, et pendant ce temps-là j'eus lieu d'être pleinement convaincu que l'imputation faite à ce prince était absolument fausse, et un artifice de ceux qui cherchaient à jeter du trouble dans le gouvernement. Ce prince, bien éloigné des sentimens dont on le taxait, ne làis- ■sait rien voir dans ses démarches et ses discours qui ne justifiât son attachement à la personne du roi. Ceux avec qui il avait eu à ce sujet les plus étroites liaisons n'osaient plus parler autrement en sa présence, 'et désespéraient de le gagner. Un jour qu'il m'avait fait l'honneur de m'inviter à dîner, il me fit part de ses dispositions avec une candeur et une franchise dont ceux qui l'ont connu, savent bien qu'il n'aurait pas été capable, s'il se fût senti criminel; et, quoiqu'il ne cherchât point à se justifier, l'innocence a certaines preuves muettes auxquelles on ne peut guère se méprendre. Il m'embrassa plusieurs fois, comme un homme qui lui était cher par son dévouement pour le roi, et en cette qualité il me fit une promesse de son amitié, dont j'ai reçu depuis toutes sortes de preuves. Je lui parlai de son mariage avec Madame comme d'une affaire dans laqqelle le roi conspirait pour son bonheur autant que lui-même. Il m'avoua qu'il n'avait ja* mais rien désiré aussi ardemment que la possession de cette princesse; mais qu'il n'osait plus
s'en flatter, ne voyant en lui, disait-il, rien de capable de gagner son cœur, et de vaincre l'ascendant du comte de Soissons sur lui. Je demeurai entièrement satisfait des sentimens de M. de Montpensier , et je résolus d'en rendre bon compte à sa majesté. J'employai le reste de mon séjour à Rouen à renouer avec mes anciens amis, le premier président de Boquemarei MM. de Lanquetot, de Grémouville, de Bouterode, de Bemière, tous membres du parlement ; les abbés de Tiron et de Martinbault, les sieurs de Motteville, des Hameaux, duMesnil, capitaine du vieux palais, de la HauUe, de Menencourt, du Mesnil-Basil et autres, dont je fus traité, et que je traitai à mon tour. J'étais descendu chez La Pile, un de mes amis particuliers.
Je trouvai encore le roi à Amiens, où arrivèrent peu de jours après des députés des principales villes de la Provence et du Languedoc, dont sa majesté reçut les complimens et les harangues avec sa bonté ordinaire. Le député de Marseille , qui pariait pour une ville si ancienne , et de tout temps si fidèle à son souverain ^ fut celui qui se fit écouter avec le plus de plaisir.
Le roi, non seulement détrompé , sur mon rapr port, de tout ce qu'on avait voulu lui £aire croire contre le duc de Montpensier , mais encore plus oe^llBi^IlBu'auparavant de son affection, réso-^ I dernier effort en sa fsiveur, et je
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fus assez malheureux pour qu'il me chargeât de cette nouvelle commission. M'ayant fiait venir un soir auprès de son lit, il me dit qu'il fallait que j'allasse trouver madame Catherine, sous prétexte d'une simple visite de sa part, mais en effet pour Tobliger à pr^aidre pour M. de Montpensier les sentimens qu'elle conservait toujours pour son rival depuis le sacrifice de la promesse de mariage. Après ce qui m'était arrivé à Chartres à ce sujet, je ne voyais que de la témérité à m'embarquer dans cette aflEsiire, et une impossibilité abso* lue d'y réussir, le conjurai le roi de m'épargoer auprès de cette princesse et du comte cette deiv> nière raison de me haïr éternellement. Il se refusa à mes instances quelque pressantes qu'elles fus« sent ; et , me répondant par le proverbe , à bon mailre hardi valet, il ne me laissa que le seud parti de l'obéissance.
Mon dernier recours fut de demander ma com* mission par écrit, afin qu'elle me servît de pré* servatif contre le sort de tant de courtisans dis« graciés pour avoir servi trop aveuglément leur maître contre des personnes de ce rang. J'exigeai du roi qu'outre la lettre de simple compliment pour la princesse dont il voulait me charger, il m'en confiât encore une seconde dans laquelle il déduisît le motif de mon voyage, la nature de ses ordres , 'la manière et les raisons dont il voulait
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cjue je les appuyasse. A cette proposition , ce prince, toujours un peu vif sur le point d'honneur, me répondit que ses plus grands ennemis ne lui avaient jamais demandé caution de sa pa* rôle. Je répliquai qiie je lui promettais de n'en fiaiire ^age qu'à l'extrémité, et que cet écrit pouvait mètre nécessaire auprès de Madame, dans là supposition qu'elle se montrât disposée à se rendre à sa volonté, pourvu que je la lui justifiasse clairement. Sa majesté se rendit à cette dernière raison, et, mimi de cette pièce authentique, je pris ie chemin de Fontainebleau , où la princesse était alors, extrêmement embarrassé de mon personnage.
Je ne séjournai que vingt-quatre heures à Paris, efc j'arrivai près de Madame , qui m'att«idait avec quelque impatience, le roi 1 ayant £siit prévenir par Loménie sur mon voyage , sans lui en marquer le sujet. Elle se flattait (car en amour, si l'on craint tout, on se flatte aussi de tout) que peut-être je venais rendre le comte de Soissons befuneux; et cette pensée me rendit heureux moimême tant qu'elle lui dura, c'est-à-dire les deux piremiers jours, <jue je crus devoir donner à U divâîté et stnx complimens. Elle changea de ton le troisième , lorsqu'dle vit que je ne la mettais sur le chapitre de ses amours que pour lui déda*^ vet tqu^âu point où le comte s'était fait haïr du
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roi par toutes ses imprudences, elle ne devait plus penser à en faire son époux ; car je crus devoir commencer par en éloigner un avant que d'entreprendre d'en faire recevoir un autre.
Quoique j'usasse, en parlant du comte de Soissons, de tous les termes les plus doux qpe je. pusse imaginer, il avait dans la personne ae Madame un ardent défenseur. Sa réponse ne fut. qu'un tissu d'épithètes toutes des plus fortes, et. de menaces de me faire perdre les bonnes grâces, du roi. Étourdi d'un emportement si subit et -si. violent, je ne songeai qu'à l'apaiser, autrement ma commission eût été finie dès ce moment. Je* la priai donc de m'écouter ; et , commençant un long discours dont j'ignorais quelle allait être la suite, je fis marcher avant tout une longue et éloquente protestation de respect, d'attachement, de passion de la servir, pendant laquelle j'appelais inutilement mon imagination à mon secours pour me fournir de quoi la calmer; parce que tout ce que j'avais de plus raisonnable à lui faire entendre, je veux dire les excès auxquels le comte s'était porté contre le roi, était précisémait ce qui la révoltait le plus. Je franchis pourtant le pas, et je la priai de faire sérieusement réflexion si ce prince, par toute sa conduite, avait mérité que le roi travaillât à faire son bonheur. L'espérance seule qu'avait la princesse qu'un discours