‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 114 sur 239 · LIVRE HUITIÈME. ' sSq · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. ' sSq

chait les louanges après tant d'invectives, la ramena tout naturellement sur le comte de Soissons; et cet article fut traité dans un goût opposé , encore plus amplement.

Enfin elle se souvint qu'elle ne m'avait interrompu que pour entendre les conseils, par lesquels je lui avais dit que le passé pouvait se réparer; et elle me les demanda positivement, mais avec ce même ton de raillerie et de malignité qui me fit encore mieux comprendre que son esprit était atteint d'un mal incurable à toute l'éloquence humaine : « £n faisant , lui répondis- je , pressé «c par la question, tout le contraire de ce que le « comte de Soissons a fait jusqu'ici. » Le temps que je mis à proférer ce peu de paroles suffit pour me persuader qu'inutilement je proposerais le duc de Montpensier. Je regardai ma commission comme achevée , ou plutôt comme tout-à-fait manquée, et je ne songeai plus qu'à me tirer de ce mauvais pas avec des mots si vagues et si généraux , que la princesse n'en pût prendre aucun avantage sur moi , ni soutenir après que je n'avais pas tenu ce que je lui avais promis. De tous les genres de discours , c'est celui-là qui coûte le moins. D'abord je me jetai sur les devoirs des rois, et je m'y étendis beaucoup, quoique je n'en voulusse rien conclure autre chose sinon que de ce coté-là il n'y avait aucun reproche à

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faire au roi. La conséquence devint elle-même un autre discours en forme , partagé en plusieurs parties, où la douceur de Henri ne fut pas traitée légèrement. Pour finir par quelque chose de phis positif, puisque, contre mon atteste, Madame avait la bonté de ne point s'ennuyer d'une si lon^e harangue, je l'assurai succinctement que^ du caractère dont était Henri, on en obtenait facilement tout ce qu'on lui demandait de raisonnable.

Madame, surprise d'une chute si précipitée, me demanda avec quelque raison , ce semble , si je n'avais rien davantage à lui dire ; car il est vrai que j'avais beaucoup marché et fait peu de chemin. Je lui répondis qu'il me restait encore une infinité de choses. Je voyais que la nuit était venue pendant une si longue conversation ; et je comptais avoir assez lassé la princesse pour me faire donner un congé absolu. Je fus trompé , elle ne me le donna que jusqu'au lendemain , et me congédia avec un air tout ensemble mutin et malin, qui, accompagné d'un coup-d'œil, et de quelques interjections que j'entendis en sortant, sur le tour que je lui avais joué à Chartres , me parut de très-mauvais augure.

Il aurait fallu être le plus présomptueux de tous les hommes pour se flatter, après tout cela, de la*'per$uader : aussi étais-je fort éloigné de cette

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