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grand honneur était d'avoir été nourri jeune dans sa maison V et qui n'avait subsisté , aussi bien que tous les miens, qu'en faisant ma cour aux princes de Navarre ; que le sort de mes pareils qui se naéconnaissent, et osent mettre leurs doigts entre l'arbre et l'écorce, est d'être sacrifiés tôt ou tard, sans avoir même l'honneur de l'éclat. Tout cet endroit était bien travaillé , et de main de femme. Comme Madame savait bien qu'il n'y avait personne, pas même le comte de Soissons, tout prince du sang qu'il était, qui eût osé me tenir un pareil discours, elle ajouta, comme tout ce qu'elle put imaginer.de plus sanglant, qu'en me parlant ainsi, ce n'était pas moins au nom du comte qu'au sien qu'elle me parlait. La péroraison répondit à tout le reste. Ce fut une menace très-emportée de m'accabler d'un seul mot auprès du roi , et une défense de paraître devant elle partout où elle se trouverait.
Je ne crois pas qu'il puisse y avoir de distinction de rang et de sexe qui autorise à employer un tjssu de termes si outrageons. Il n'y a pas assurément de vanité de ma part à les rapporter. Mais , comme Madame joignit l'effet aux paroles , et qu'elle m'obligea, pour ma défense, à faire quelques démarches, où je m'éloignai, pour la première fois , de la soumission que je, devais à luie princesse sœur de mon roi , j'ai cru n'en pou-
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voir mieux justifier la nécessité qu'en rapportant fidèlement les conversations, et jusqu'aux propres paroles qui y donnèrent lieu. Quoique mon amourpropre souffrît étrangement d'un si indigne traitement , j'eus pour le moment assez de retenue , et même assez de politique, pour n'en laisser rien paraître ; je dis assez de politique , car , pour peu que j'eusse montré d'altération sur mon visage, et d'aigreur dans ma réponse , Madame se serait éloignée sans m'en tendre, et aurait remporté un triomphe qu'il était naturel que je cherchasse du moins à rabaisser devant des personnes qui en étaient complices ou témoins.
Je repris donc la parole avec la fausse timidité d'un homme qui cherche à se disculper; et, pour engager la princesse à m'entendre jusqu'au bout , je commençai par lui dire que j'étais bien fâché que de mauvais conseils lui eussent fait apercevoir dans mes paroles ce que je n'avais eu aucune intention d'y mettre, et m'eussent attiré de sa part un traitement que je ne méritais point ; qu'il m'était facile de lui faire connaître jnon innocence sur tous les reproches qu'elle m'avait faits; que, pour commencer par le comte, elle savait que, dans tout ce que j'avais dit à son sujet, j'avais ajouté que personnellement j'étais persuadé de la droiture de ses intentions. J'arrêtai Madame par ce début; elle crut jouir du
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plaisir de me voir à ses pieds solliciter un pardon. Je poursuivis avec le même sang-froid, que , pour lever le scrupule qu'elle semblait avoir , qu'on eût député vers elle itn petit gentilhomme indigne de l'approcher, je lui apprenais que, quoique, par le mauvais ménage de mes ancêtres, je n'eusse ni le bien ni les dignités auxquelles je pouvais prétendre, cependant il était sorti en di£* férens temps de ma maison plus de cent mille écus, qui avaient été portés par des filles dans les. maisons dé Bourbon et d'Autriche ' : que cette preuve tenait lieu de mille autres que je pouvais y joindre ; que , loin d'avoir été à charge au roi depuis que j'étais à son service, ce prince m'avait quelquefois donné le plaisir de le voir recourir à moi dans ses besoins; que j'avouais cependant qu'aucune raison n'aurait pu me justifier d'avoir passé les ordres que j'avais reçus de sa majesté, si réellement j'avais été capable de le faire. En ce moment, je tirai de ma poche le second écrit du roi , aussi en forme de lettre, adressé à cette princesse; ensuite, profitant de l'étonnement où je. l'avais jetée, je lui dis que, pour achever mon message, avant de la quitter pour toujours, je lui déclarais , comme son serviteiu* , que , le roi lui
' Je renvoie sur ces paroles à Texplicatioii que j*ai donnée, au commencement de ces mémoires, des alliances de la maison' de Béthune.
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tenant lieu de père, et étant d'ailleurs son maître et son roi , elle n'avait point d'autre parti à prendre que de se soumettre à sa volonté ; que , sans écoU'» ter tout ce que pouvait lui suggérer le comte de Soissons , elle devait se résoudre , ou à prendre un époux de là main du roi son frère, ou encourir sa disgrâce ; qu'il lui serait bien sensible en ce dernier cas, après avoir soutenu un état de reine, de se voir réduite à un bien très-médiocre : puisqu'elle n'ignorait pas qu'outre les largesses du roi , ce prince , dans l'abandon qu'il lui avait fait des biens dont elle jouissait, avait plutôt consulté son cœur que les lois et les coutumes de Navarre , qui lui en auraient laissé fort peu.
Ces dernières paroles tirèrent Madame, malgré elle , de la froideur et du dédain qu'elle s'efforçait de montrer , pour la faire entrer dans le plus grand emportement dont une femme soit capable. Après l'avoir exhalé par tout ce que la colère peut inspirer ( car ce récit n'est déjà que trop long ) , elle rentra furieuse dans son cabinet; et moi, je me retirai doucement vers l'escalier. Comme je descendais , je vis accourir madame de Neufvy , qui me dit que Madame l'envoyait me demander la lettre que je lui avais montrée : nouvel artifice de ces quatre femmes , qui avaient persuadé à Madame qu'elle travaillerait plus efficacement à ma perte auprès du roi , si je pouvais paraître avoir