‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 117 sur 239 · LIVRE HUITiKMS. %l · texte numérisé non relu

LIVRE HUITiKMS. %l

sacrifié la lettre de sa majesté. Je sentis le piège , et je répQadis à madame de NeufVy qu'il me paraissait fart étonnant qu'après avoir refusé d'entendre le contenu de la lettre, Madame me la fit deman4er au même moment; que je ne pouvais la communiquer qu'à la princesse seule , et lui eu faire une simple lecture, en ayant besoin pour moi-même. Ce n'était pas là le compte de la messagère , qui s'en retourna sans rien répliquer.

Je vins le même jour coucher à Moret, où était mon épouse ; et après y avoir séjourné seulement vingt-quatre heures, j'avançai jusqu'à Paris audevant du courrier que j'avais fait partir de Fontainebleau pour porter mes dépêches au roi. Au lieu de mon courrier , je fus fort surpris de ne voir arriver que le jeune Boësse, maitre-d'hôtel de Madame , chargé d'une lettre qui me surprit encore davantage lorsque je reconnus qu'elle était du roi : je savais que Boësse était celui que de son; coté Madame avait dépêché vers le roi. Je vis que cette lettre avait été envoyée tout ouverte à la princesse, et qu'on ne me la remettait qu'après qu'elle avait ps^sé dans les mains de Madame , qui y avait mis son cachet. A toutes ces marques je ne doutai plus de mon malheur : un triste pressentiment m'en avertit encore , et je n'ouvris Isi» lettre qu'en tremblant. Je n'en avais que trop dç sujet. Au lieu des louange, des témoignages dç

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bonté et de confiance dont les lettres du roi pour moi étaient ordinairement pleines , mes yeux ne fiirent frappés que d'un ordre rigoureux de faire satis£[iction à Madame : sa majesté ce ne pouvant a souffrir ( c'est ainsi qu'elle s'exprimait ) qu'un - « de ses sujets offensât imé princesse, sa sœur, ce sans l'en punir aussitôt, s'il n'effaçait sa faute (c par ses soumissions. »

Je fiis terrassé, je l'avoue , de ce coup accablant , et d'autant plus, que, ne pouvant présumer que mon postillon n'eût pas porté ma lettre au roi , je voyais que c'était même après l'avoir lue qu'il me traitait ainsi. Quelles réflexions ne fis-je pas alors sur le malheur d'être employé à raccommoder les grands , et sur le danger de servir les rois! Je ne me reprochais rien à l'égard du roi. Je l'avais servi pendant vingt-quatre ans avec tme assiduité et un zèle que rieh n'avait refroidis. C^était malgré moi que je m'étais chargé d'un emploi si désagréable. Il y avait dans l'écrit que je âï'ëtads fait donner par Heiiri mille choses plus dureis qpie tout ce que j'avais dit à Madame; et je les lui avais épargnées dans im moment où j'aurais peiit-être été excusable de les aggraver. Je n'étais coupable tout au plus que d'obéir trop ^dèlement; et cependant sa majesté me sacrifiait cruellement , sans aucun égard , ni pour mes raisons , ni pour ses propres ordres. J'étais pénétré

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