LIVRE HUltlÈïWÉ
Madame en était ayec moi lui défendaient cet honneur. A un second voyage que madame de Rosnvfit à Fontainebleau, Madame lui fit dire que la raison qu'elle avait apportée à madame de Pangeac ne devait point l'empêcher de venir la voir', et elle lui fit un accueil tout-à-fait gracieux. Elle lui avoua naturellement qu'elle n'était pas encore entièrement revenue à mon égard , parce qu'elle avait cru devoir attendre tout autre chose de moi pour les marques d'amitié que j'avais reçues d'elle dans ma jeunesse. Elle l'entretint de plusieurs parties de plaisir , soit à Pau , soit chez M. de Miossens ' , où elle m'avait fait l'honneur de m'admettre avec elle , et en particulier d'une course de bague où , ayant remporté le prix ^ qui était ime bague de médiocre valeur , allant la recevoir de la main de cette princesse, elle changea la bague , et en mit une de deux mille écus. Elle n'oublia pas que mon père avait souvent porté la reine entre ses bras. Après tout cela. Madame dit fort obligeamment à mon épouse que son ressentiment contre moi ne s'était jamais étendu jusqu'à elle, dont elle aimait l'humeur et le caractère. Elle lui dit mille choses gracieuses , sôit sur M. de Saint-Martin , oncle de mon épouse , qui avait été premier gentilhomme de la chambre du roi, soit sur madame de Saint - Martin , sœur de M. de
■ Henri d'Albret, baron de Miossens.
a5o XEMOIKES DE SOXT.
Je pris enfin un parti assez sage, mais qui n'était rien mmus que capable de snq>endre les cbagrins dont j'étais dévoré. Je feignis d'être malade, et il me prit dès ce mcnnent une noire mâancidie, bien capable, en eflet, de faire passer dans mon corps une partie de la mauvaise disposition de mon esprit. Je i^ m'ouvris à personne sur la cause de mes chagrins. J'en vc^ai chercher un médecin , qui, me fesant trembler sur les suites d'un mal tout entier de ma façon , promit pourtant de m'en tirer à force de saignées et de purgations.
Sur les quatre heures après midi arriva un autre médecin, auquel il était réservé de me redonner la santé : c'est Picaut, mon courrier, que j'attendais impatiemment pour prendre, sur son rapport , une dernière résolution ; et qui , après m'avoir appris que l'accident qui lui était arrivé de se démettre le pied en route l'avait fait devancer auprès du roi par le courrier de Madame, me remit une lettre de la main de ce prince qui guérit tous mes maux. Henri me mandait que je devais actuellement être bien en colère de sa première lettre, qu'il l'avait écrite dans ce premier mouvement de vivacité que je lui connaissais , et sur les plaintes exagérées, jointes aux instances et à l'importunité de sa sœur ; mais que , pour me rassurer, il me donnait sa parole de ne me désavouer en rien , et qu'il me. permettait en ce
MVRE HUITIÈME. a5l
cas de me scyrvir de sa lettre même contre lui. Il finissait par ces mots : «t Venez me trouver, pour <c m'informer êucore plus particulièrement de. tout « ce qui s'est .passé , et vous assurez d'être aussi « bien reçu de moi que vous l'ayez jamais été , ce quand je devrais prendre la vieille devise de « Bourbon , qui quen grogne : adieu, mon ami. » A cet air de cordialité et de familiarité je recoimiu mon ancien maître. Cette lettre était datée du 1 7 mai, et la première du i5 , toutes d'eux d'Amiens, où je m'acheminai dès la pointe du jour , et ou j'arrivai le lendemain. Je ne supprimai , ni ne dé» guisai rien de tout ce qui s'était dit et Êdt à Fon* tainebleau entre Bladame et moi , et sa majesté me témoigna par un redoublement de caresses qu'elle approuvait toute ma conduite.
Pour ne pas couper trop souvent le fil de l'tiistoire par un récit qui p^it trouver partout éga* lemoit sa place, j'achève en peu de mats ce qui ccmoeme cette a£Eûre. La Varenne, qui était chargé de veiller à la oour aux int^iéts de loa* dame Catherine, ne manqua pas de l'instruire du hou accueil que j'avais reçu du roi, et de lui hint part en même temps de la nouvelle qui se ré^atk^ dait que j^allais être le dépositaire absolu d«s finances. La princesse ccMnprît sâsémetU hât ce rappcMt^iioD'-^eulemeut quil laUait tfakcmcti' a sa mais encore que son întér^ étaii
îi5o MÉMOIRES DE SULLY.
Je pris enfin un parti assez sage , mais qui n'était rien moins que capable de suspendre les chagrins dont j'étais dévoré. Je feignis d'être malade , et il me prit dès ce moment une noire mélancolie, bien capable, en effet, de faire passer dans mon corps une partie de la mauvaise disposition de mon esprit. Je ne m'ouvris à personne sur la cause de mes chagrins. J'envoyai chercher un médecin , qui, me fesant trembler sur les suites d'un mal tout entier de ma façon , promit pourtant de m'en tirer à force de saignées et de purgations.
Sur les quatre heures après midi arriva un autre médecin , auquel il était réservé de me redonner la santé : c'est Picaut , mon courrier , que j'attendais impatiemment pour prendre, sur son rapport , une dernière résolution ; et qui , après m'avoir appris que l'accident qui lui était arrivé de se démettre le pied en route l'avait fait devancer auprès du roi par le courrier de Madame , me remit une lettre de la main de ce prince qui guérit tous mes maux. Henri me mandait que je ^devais actuellement être bien en colère de sa première lettre, qu'il l'avait écrite dans ce premier mouvement de vivacité que je lui connaissais , et sur les plaintes exagérées , jointes aux instances et à l'importunité de sa sœur ; mais que , pour me rassurer, il me donnait sa parole de ne me désavouer en rien , et qu'il me. permettait en ce
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cas de me scyrvir de sa lettre ineme contre lui. Il finissait par ces mots : « Venez me trouver , pour (c m'informer encore plus particulièrement de .tout « ce qui s'est .passé, et vous assurez d'être aussi (c bien reçu de moi que vous l'ayez jamais été , a quand je devrais prendre la vieille devise de (C Bourbon , qui quen grogne : adieu, mon ami. » A cet air de cordialité et de familiarité je reconnus mon ancien maître. Cette lettre était datée du 1 7 mai, et la première du 1 5 , toutes d'eux d'Amiens, où je m'acheminai dès la pointe du jour , et où j'arrivai le lendemain. Je ne supprimai, ni ne déguisai rien de tout ce qui s'était dit et fait à Fontainebleau entre Madame et moi , et sa majesté me témoigna par un redoublement de caresses qu'elle approuvait toute ma conduite.
Pour ne pas couper trop souvent le fil de l'histoire par un récit qui -peut trouver partout également sa place, j'achève en peu de mots ce qui concerne cette affaire. La Varenne, qui était chargé de veiller à la cour aux intérêts de madame Catherine , ne manqua pas de l'instruire du bon accueil que j'avais reçu du roi , et de lui faire part en même temps de la nouvelle qui se répandait que j'allais être le dépositaire absolu des finances. La princesse comprit aisément sur ce rapport non<^seulement qu'il fallait renoncer à sa vengeance , mais encore que son intérêt était
de ménager dans la suite un hommç de la main duquel allaient sortir désormais toutes les ordonliances pour TentJ^etien de sa maison : ou elle convint de son tort , ou bien , si elle persista à me l'imputer, elle eut la générosité de me le par* donner; et de quelque manière que ce soit^ j'avoue , à la louange de cette princesse , que c'est une marquip de igrandeur d'âme dont fort peu d'autres àm*aient été capables. Si l'on avait retranché du caractère de Madame les excès d'une vivacité qu'il lui était impossible de surmonter y et qui, dans l'affaire dont il s'agit, joignait à sa force celle de la plus impétueuse de toutes les passions, on n'aurait plus trouvé qu'im cœur naturellement bon et facile , capable même d'amitié et de reconnaissance.
Elle choisit madame de Pangeac , qui était de mes amies, pour lui faire part dfi son changement à mon égard. Elle fit même les premières démarches auprès de madame de Rosny. Je l'avais laissée en couche à Moret. Après qu'elle fut rétablie , elle alla un jour au prêche à Fontainebleau , et s'en retourna sans voir Madame, prétextant une légère indisposition qui retenait cette princesse au lit. Madame de Pangeac lui en ayant fait quelques reproches, comme d'elle-même, mais, en effet , par ordre de Madame , mon épouse se trouva obligée de lui répondre que les termes t)ii