‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 13 sur 239 · VAS SIXIÈME. a · texte numérisé non relu

VAS SIXIÈME. a

Catherine avec le même secret. J'eus de fréquentes conférences avec Villars. Nous touchâmes les principaux points de son accommodement. La plus grande difficulté ne roulait pas sur l'intérêt : il cherchait moins à satisfaire des vues mercenaires qu'à se convaincre qu'en traitant avec lui , le roi ne songeait pas simplement à gagner une capitale de province , mais à s'attacher un homme qui se sentait autant de disposition que de talens à le bien servir. On a vu ci-devant quelle idée Villars avait conçue du roi. Sitôt que mes discours l'y eurent confirmé, je pus regarder son traité comme fort avancé; mais alors je ne pouvais pas aller plus loin , n'ayant point par écrit les pouvoirs nécessaires pour consommer l'affaire.

Pour achever de fsiire connaître ce gouverneur, tout ce qui paraissait de lui avait rapport à l'une ou à l'autre des deux qualités qui dominaient dans son caractère , ou était produit par leur mélange. Ces deux qualités étaient la valeur et la droiture. La première rend le cœur élevé , généreux, plein d'une fierté noble, et naturelle, qui n'est autre chose que le sentiment de ce que nous valons ; sentiment qui ne tient rien de la basse vanité et de l'affectatiou à,^e perdre dsms la sotte admiration de soi-même. La seconde £ût qu'on est sincère et vrai , incapable d'artifice et de surprise , prêt à se rendre à la raison et à la justice. Celui

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•qui les unit toutes deux a rarement d'autre défaut que la promptitude d'un premier mouvement de colère. Tel était Villars , et on s'en apercevra aisément dans tout ce qui me reste à dire de lui. La nature ne l'avait pas £sdt pour être long-temps ennemi d'un prince avec lequel il avait tant de conformité dans l'humeur. La seule différence entre eux était que Henri, par de continuelles réflexions sur les effets de la colère, par l'usage d'une longue adversité , par la nécessité de se figiire des partisans, enfin par la trempe d'un cœur tourné vers la tendresse, avait converti ces premiers transports si bouillans en de simples mouvemens ^ qui les marquaient sur son visage , dans son geste , et plus rarement dans ses paroles.

' Voici une anecdote tirée des mémoires de la vie du pr ésident de Thou qui prouve ce que l'auteur dit ici du caractère de Henri IV , et qui a aussi rapport à ce qui a été dit cidevant au sujet du siège de Rouen. « Un jour que Grillon vint « dans le cabinet du roi pour s'excuser là-dessus ( sur le re- Â proche qu'on lui faisait que ses fréquentes allées et venues «c pour négocier avec l'amiral lui avaient donné l'occasion et « les moyens de faire cette furieuse sortie dont il a été parlé), « il passa des excuses aux contestations , et des contestations fc aux emportemièlls'^lst aux blasphèmes. Le roi , irrité de ce «( qu'il continuait siloiÉ(^mps sur le même ton , lui commanda u de sortir ; mais comme Grillon revenait à tous momcns de « la porte , et qu'cm s'aperçut que le roi pâlissait de colère et « d'impatience, on eut peur que ce prince ne se saisît de Tépée « de quelqu'un, et qu'il n'en frappât un homme aussi înso-

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