LIVRE HUITIÈME
du côté de la feue reine sa mère , et héritier de ses biens en Navarre. Le roi ne goûta pas ce mariage pour lors; et cependant il y revint de luimême dans la suite. Enfin, lorsque Madame partit pour la Lorraine, assez mécontente, comme l'on sait, de la cour de France, elle dit hautement qu'elle n'avait à se louer que de trois personnes , et j'étais l'une des trois.
Les hostilités entre le parti du roi et celui de la Ligue continuèrent , pendant les années i SgS et 1696, dans les mêmes endroits du royaume que les années précédentes. En Bretagne, entre MM. d'Aumont et de Saint-Luc , et le duc de Mercœur; et dans les provinces du midi de la France, où il arriva mille petites rencontres, entre MM. de Ventadour, de La Rochefoucault , de Châteauneuf, de Saint-Angel, de Lostange, de Chambaret et autres officiers pour le roi ' , et
de Rohan, et d'Isabelle d'Albret, fille de Jean, roi de Navarre. Voyez dans tous les généalogistes les autres alliances de cette illustre maison avec la maison de France.
■ Anne de Lévis , duc de Ventadour , gouverneur du Limousin, et lieutenant-général pour le roi en Languedoc : il mourut en 1622. François de La Rochefoucault , prince de Marsillac; René de Sainte- Marthe, sieur de Châteauneuf; Charles de Rochefort de Saint-Angel ; Louis-François de Lostange; N. de Chambaret, ailleurs nommé Chambert, gouverneur du Limousin ; Louis , vicomte de Pompadour; N. de Ras- ". ; Jean de Saint-Chamant, ou Antoine, son frère : ils
25a MEMOIRES DE SULLY.
de ménager dans la suite un hommç de la main duquel allaient sortir désormais toutes les ordonliances pour l'entJ^etien de sa maison : ou elle convint de son tort , ou bien , si elle persista à me l'imputer, elle eut la générosité de me le pardonner; et de quelque manière c)ue ce soit, j'avoue , à la louange de cette princesse , que c'est une marquip de grandeur d'âme dont fort peu d'autres àm*aient été capables. Si l'on avait retranché du caractère de Madame les excès d'une vivacité qu'il lui était impossible de surmonter^ et qui, dans l'affaire dont il s'agit, joignait à sa force celle de la plus impétueuse de toutes les passions, on n'aurait plus trouvé qu'im cœur naturellement bon et facile , capable même d'amitié et de reconnaissance.
Elle choisit madame de Pangeac , qui était de mes amies, pour lui faire part d^ son changement à mon égard. Elle fit 'même les premières démarches auprès de madame de Rosny. Je l'avais laissée en couche à Moret. Après qu'elle fut rétablie, çUe alla un jour au prêche à Fontainebleau , et s'en retourna sans voir Madame, prétextant une légère indisposition qui retenait cette princesse au lit. Madame de Pangeac lui en ayant fait quelques reproches, comme d'elle-même, mais, en effet , par ordre de Madame , mon épouse se trouva obligée de lui répondre que les termes 't)!!