LIVRE HUli-lÈïtfÉ
Madame en était ayec moi lui défendaient cet honneur. A un second voyage que madame de Rosnv'fit à Fontainebleau, Madame lui fit dire que la raison qu'elle avait apportée à madame de Pangeac ne devait point Fempêcher de venir la voir, et elle lui fit un accueil tout-à-fait gracieux. Elle lui avoua naturellement qu'elle n'était pas encore entièrement revenue à mon égard , parce qu'elle avait cru devoir attendre tout autre chose de moi pour les marques d'amitié que j'avais reçues d'elle dans ma jeunesse. Elle l'entretint de plusieurs parties de plaisir , soit à Pau , soit chez M, de Miossens ' , où elle m'avait fait l'honneur de m'admettre avec elle, et en particulier d'une course de bague où , ayant remporté le prix ^ qui était une bague de médiocre valeur , allant la recevoir de la main de cette princesse, elle changea la bague , et en mit une de deux mille écus. Elle n'oublia pas que mon père avait souvent porté la reine entre ses bras. Après tout cela , Madame dit fort obligeamment à mon épouse que son ressentiment contre moi ne s'était jamais étendu jusqu'à elle, dont elle aimait l'humeur et le caractère. Elle lui dit mille choses gracieuses , sôit sur M. de Saint-Martin , oncle de mon épouse , qui avait été premier gentilhomme de la chambre du roi , soit sur madame de Saint - Martin , sœur de M. de
* Henri d'Albret, baron de Miossens.
25a MEMOIRES DE SULLY.
de ménager dans la suite un hommç de la main duquel allaient sortir désormais toutes les ordonliances pour Tentj^etien de sa maison : ou elle convint de son tort , ou bien , si elle persista à me l'imputer, elle eut la générosité de me le par* donner; et de quelque manière que ce soit^ j'avoue, à la louange de cette princesse, que c'est une marqué de grandeur d'âme dont fort peu d'autres am*aient été capables. Si l'on avait re* tranché du caractère de Madame les excès d'une vivacité qu'il lui était impossible de surmonter^ et qui, dans l'affaire dont il s'agit, joignait à sa force celle de la plus impétueuse de toutes les passions , on n'aurait plus trouvé qu'un cœui^ naturellement bon et facile , capable même d'ainitié et de reconnaissance.
Elle choisit madame de Pangeac , qui était de mes amies, pour lui faire part d^ son change ment à mon égard. Elle fit même les premières démarches auprès de madame de Rosny. Je l'avais laissée en couche à Moret. Après qu'elle fut rétablie, elle alla un jour au prêche à Fontainebleau y et s'en retourna sans voir Madame, prétextant une légère indisposition qui retenait cette princesse au lit. Madame de Pangeac lui en ayant Eût quelques reproches, comme d'elle-même, mais, en effet , par ordre de Madame , mon épouse se trouva obligée de lui répondre que les termest)ii