‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 123 sur 239 · LIVRE HUI-tlÈ^TÉ · texte numérisé non relu

LIVRE HUI-tlÈ^TÉ

Madame en était ayec moi lui défendaient cet honneur. A un second voyage que madame de Rosnv fit à Fontainebleau, Madame lui fit dire qiie la raison qu'elle avait apportée à madame de Pangeac ne devait point l'empêcher de venir la voir, et elle lui fit un accueil tout-à-fait gracieux. Elle lui avoua naturellement qu'elle n'était pas encore entièrement revenue à mon égard , parce qu'elle avait cru devoir attendre tout autre chose de moi pour les marques d'amitié que j'avais reçues d'elle dans ma jeunesse. Elle l'entretint de plusieurs parties de plaisir , soit à Pau , soit chez M, de Miossens ' , où elle m'avait fait l'honneur de m'admettre avec elle, et en particulier d'une course de bague où , ayant remporté le prix ^ qui était une bague de médiocre valeur , allant la recevoir de la main de cette princesse, elle changea la bague, et en mit une de deux mille écus. Elle n'oublia pas que mon père avait souvent porté la reine entre ses bras. Après tout cela , Madame dit fort obligeamment à mon épouse que son ressentiment contre moi ne s'était jamais étendu jusqu'à elle, dont elle aimait l'humeur et le caractère. Elle lui dit mille choses gracieuses , sôit sur M. de Saint-Martin , oncle de mon épouse , qui avait été premier gentilhomme de la chambre du roi, soit sur madame de Saint - Martin , sœur de M. de

' Henri d'Albret, baron de Miossens.

l6o MEMOIRES DE SULLY.

donna pas le temps de lui faire ma proposition. Sitôt que je Feus abordé, il m'avoua que,' stlr la représentation de. madame de Liancourt, il était revenu à mon avis , et que , sans un plus long délai, *il allait déclarer publiquement sa volonté, après en avoir prévenu, pour la forme, le connétable et Villeroi, à qui il appartenait de m*expédier mes provisions. Ces deux messieurs entrèrent fort à propos dans la chambre du roi, et recurent cet ordre, le connétable en baissant la tête , et Villeroi en disant qu'il me mettrait mes provisions aux mains sitôt qu'il en aurait recouvré un modèle.

L'après-midi, pendant que le roi était à la chasse, j'allai remercier la marquise de Monceaux : c'est le nom qu'avait pris depuis peu madame de Liancourt, et je crus devoir aussi une visite à Villeroi, à qui je demandai, au défaut de provisions, un brevet qui fît le même effet. Villeroi biaisa dans sa réponse, et, pendant trois ou quatre jours que je le pressai , sur différens prétextes, il remit toujours l'affaire au lendemain. Au bout de ce temps , le roi quitta Amiens pour venir à Monceaux, et passa par Liancourt, où Liancourt, son premier écuyer, le reçut et le traita splendidement : c'est là qu'on avait résolu de faire contre moi les derniers efforts.

Liancourt, à la sollicitation de Villeroi, fit ve-

Page 1