‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 124 sur 239 · LIVRE HUITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIEME

uir chez lui, pendant le séjour qu'y fit sa majesté, le chancelier, qui était son ami intime ; et les autres membres du conseil s'y étant aussi rendus par ordre du roi, ils profitèrent de la liberté que cette occasion leur donna auprès de ce prince, pour travailler efficacement à m'exclure du conseil. Le moyen dont ils se servirent ne fut pas de m'attaquer directement, mais d'insinuer au roi que je n'étais pas propre à cet emploi , dans lequel, disaient-ils, faute de cette expérience qu'il n'y a que le long usage qui puisse donner, on ne peut éviter de commettre mille fautes, dont la moindre est capable de ruiner sans ressource le crédit, et par conséquent de perdre l'état. Ces discours furent répétés si souvent en présence du roi (car on faisait à dessein tomber la conversation sur cette matière), et avec une si grande apparence de sincérité , que ce prince se sentit à la fin ébranlé ; et lorsque dans le même temps il voyait ces messieurs former avec facilité les plus magnifiques projets, discourir avec beaucoup de netteté sur les forces et les intérêts de l'état, en calculer les revenus avec la dernière précision, enfin posséder en apparence, dans toute son étendue, la science du commerce et les autres moyens par lesquels on rend un état florissant, et, par-dessus tout, s'entretenir entre eux dans une langue qui n'était presque intelligible que pour eux seuls,

%6fl MEMOIKES DE SULLY.

ce jwince, persuadé de plus en plus de cette longue préparation qu'on lui présentait comme absolument nécessaire poiu* entrer dans les finances , retomba encore dans sa première irrésolution, et crut que le mal présent n'était pas le plus grand dont les finances pussent être menacées. Sa majesté , prenant avec cela tout ce que messieurs du conseil lui disaient pour une marque de leur repentir, et comptant sur un notable changement de leur part , par la crainte qu'elle venait de leur donner, elle se refroidit entièrement à mon égard.

Villeroi, qui était demeuré pendant ce tempslà à Amiens, mais qui n'en était pas moins bien informé de toutes les démarches d'un corps dont il était l'âme, prit cette occasion pour envoyer au roi 'mes provisions, qu'il ne pouvait, sans désobéissance, se dispenser d'expédier, après l'ordre formel qu'il en avait reçu du roi. Lorsquelles furent remises à ce prince, il n'était plus à Liancourt, où il n'avait passé qu'un jour, mais à Monceaux , où , rempli de tout ce qu'il venait d'entendre, il les donna k Béringhen, en lui disant de les garder sans m'en rien dire, jusqu'à ce qu'il reçût un ordre du contraire. Béringhen , qui était de mes amis, me révéla le secret, que je lui gardai fidèlement Quinze jours se passèrent de cette sorte sans que le roi parlât de it^a à, Bérin-

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