‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 126 sur 239 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

l'étoile du parc , seul avec moi et me tenant par la main, mit un gaiou en terre, lui accola la isuisse , et joignit à l'assurance de sa fidélité un remerciment de ce tjue sa majesté « l'avait déli- « vré , disait^l , de l'arrogance espagnole et de» « ruses italiennes. » Henri , qui avait été à sa rencontre lorsqu'il le vit s'approcher , l'embrassa trois fois, se hâta de le faire relever, l'embrassa de nouveau avec cette bonté qui n'a jamais tenu contre un repentir; puis, le prenant par la main, il le promena dans son parc , où il l'entretint £ar milièrement des embellissemens qu'il allait y faire. Le roi marchait à si grands pas , que le duc de MBLyexmen également incommodé de la sciatique^ de sa graisse et de la grande chaleur qu'il faisait , ne traînant qu'à grande peine sa cuisse, souffrait cruell^aaent, sans oser en rien dire. Ce prince s'en aperçut, voyant le duc rouge et tout en sueur : il me dit en se penchant vers mon oreille : « Si je promène encore long-temps ce gros corps* « ci, me voilà vengé sans grande peine de tous « les maux qu'il nous a faits. Dites le vrai , mon « cousin, poursuivit-il en se tournant vers le due « de Mayenne , je vais un peu vite pour vous, i»- Le duc lui répondit qu'il était près d'étou£fer, et i[ae^'pour;peu que sa majesté eut encore conti-^ nué,.€lle l'aurait tué sans y penser c « Touchez ià^ «ilnon cousin, reprit le roi d'un air riant, en

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<c l'embrassant encore et lui frappant suj^Tépaule; a car, pardieu ! voilà toute la vengeance que vous « recevrez de moi. » Le duc de Mayenne, qu'une manière si franche pénétra vivement, fit encore ses efforts pour s'agenouiller, et pour baiser la main que sa majesté lui tendait; il lui jura qu'il la servirait désormais contre ses propres enfans. a Or sus, je le crois, lui dit Henri; et afin que «c vous me puissiez aimer et servir plus longce temps, allez vous reposer au château et vous <c rafraîchir , car vous en avez bon besoin; je vais « vous faire donner deux bouteilles de vin d'Arec bois, car je sais bien que vous ne le haïssez pas: « voilà Rosny que je vous baille pour vous accom- « pagner , faire l'honneur de la maison , et vous « mener en votre chambre; c'est un de mes plus « anciens serviteurs , et un de ceux qui a reçu plus « de joie de voir que vous vouliez me servir et « m'aimer de bon cœur. » Le roi continua sa promenade dans le fond du parc, et me laissa avec le duc de Mayenne, que je fis reposer dans un cabinet de verdure , et ensuite reconduire à cheval au château, aussi content du roi et de moi que nous l'étions tous deux de lui.

Monceaux parut un séjour si agréable au roi , qu'il s'y arrêta plus long -temps qu'il n*avait compté d'abord. Il y fit venir d'Amiens le connétable et Yilleroi, et il ordonna au conseil des

fimmoes de venir foire sa rénidonoe à Méâux, pour être à portée de recevoir ses command^Mens. Je n'y avais point encore proposé le projtèt de là vi»te des généralités. Sa majesté^ perstiadée di* plus en plus qu'il ne pouvait produire qu'un bon effet, se chargea d'en parler elle-même. A la première ouverture qu'elle en fit , les conseillers ^ qui s'attendaient que cet emploi ne pouvait regarder d'autres personnes qu'eux , et qui y envisageaient chacun leur intérêt particulier ^ sans nuire k Vittlérét généi^ du corps , y donnèrent les m^iM ^ et farent bien surpris , lorsqu'ils virent que , ê^titx toos^ le nri ne nomma k cet effet que 1^ OratugekuSoi^ qui fat ehsirgé de deux généralités; les «■tre» coomnssioiis farenrt rempKes psrr sa ma- JBttr cfe» non» de MM. de Caumarfin et de BiasoBfr^ chacun pour deux généralités, et de celui ihi' deux, autres maîtres des recpiétes, chacun^ pmr une généralité; pour moi , p fi\s chargé de <çuare des principales et des plus étendues-. Ce fiitî pour lors que messieurs du conseil se repentiicnt de n'avoir pas empêché l'exécution d'un [daD qui pouvait mettre en évidence leur mauvaiie foi. Ils réunirait tous leurs efforts pour le reBwbre inutile , ou du moins pour le traverser. Os me prirent pour le but de tous leurs coups , parce- que la confisuice du roi , et le principal rôle '^e je jouais dauns cette s^Eanre leur firent deviner

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une paitie de la vérité. Les accusations d'igno* rance, de dureté, d'étourderie et quelques autres qualifications plus fortes encore, ne me furent point épargnées. Je n'eus pas plus tôt commencé à exercer tes fonctions de ma charge , que je m'a* perçus que leur prévoyance leur avait fait prendre les devans auprès des trésoriers de France, df» receveurs-généraux et particuliers, contrôleurs, greffiers et jusqu'aux moindres employés subal* ternes. Tous ces gens, qui, pour la plupart, leuf étaient ou vendus ou aveuglément dévoués, se prêtèrent à tout ce qu'ils exigèrent d'eux : les um s'absentèrent, et laissèrent leurs bureaux fermée ; les autres me présentèrent des états composés avec toute la finesse qu'on peut attendre de gens qui se sont fait un art de la friponnerie ; d'autres se contentèrent de me faire voir des ordres d« MM. de Fresne , d'Incarville et des Barreaux , qui leur défendaient de communiquer leurs r^istre^ et leurs états à qui que ce put être.

Je n'employai d'abord contre tant de malice que la voie de la douceur; j'exhortai, je cherchai k piquer d'honneur et de probité des gens qui ne connaissent guère plus l'un que l'autre. En* suite je fis courir un bruit que les états du royaume ne s'assemblaient que pour supprimep ce nombre prodigieux de bureaux et d'employés, surtout les trésoriers de France, le plus inutile de tous les

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