‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 133 sur 239 · LIVRE HUITIÈME. 'À^S · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. 'À^S

et plus justes pour Tavenir , dont Tamour-propre anpéche qu'on ne convienne : voilà ce qui éternise les anciens abus. Il ne faut, dit -on, rien changer aux lois et aux usages. Je suis grand partisan de ce principe , excepté les cas où l'utilité , et encore plus la nécessité , demande qu'on y déroge \

* Le caractère d*esprit de la nation française, dit-on encore, est tel, que cela seul peut rendre extrêmement dangereux pour nous tout changement, même le plus utile et le plus nécessaire. Un système dont il semble que tout le monde convient aujourd'hui que le fond était excellent , et qui malgré cela a eu des suites très-fâcheuses , fait qu'on insiste plus que jamais sur cette considération. Le duc de Sully, qui a vécu dans un temps où les preuves des défauts qu'on reproche à la nation ne lui manquaient pas, aurait répondu à cela que deux choses sont absolument nécessaires , et avec quelque nation que ce soit, pour assurer le succès de ces sortes d'entreprises. La première, une autorité dans le législateur assez grande pour qu'il ne se voie point obligé par crainte, par politique, par condescendance, à rien changer ni affaiblir dans son plan. La seconde, une sagesse aussi grande à en préparer tous les moyens. Parmi un grand nombre de changemens réels, faits dans les différentes parties du gouvernement, qu'on verra dans la suite de ces mémoires, on y remarquera un plus grand nombre encore de projets qui n'ont point été exécutés, quoique formés dès il y avait long- temps. Pourquoi cela ? parce que Henri le Grand et son ministre voyaient et attendaient les temps, les circonstances, etc., qui devaient les rendre infaillibles. Je ne craindrai point de dire que la parfaite habileté n'est pas à imaginer , mais à connaître les risques de la trop grande précipitation et de la trop grande lenteur , à sentir l'occasion ; en un mpt, à a^ivoir conduire et préparer.

agÔ MÉMOIRES DE SULLY.

On s'amusa donc à tirer de la poussière les vieux réglemens, et on allait grossir un recueil déjà ri infructueux , mais une impossibilité réelle se présenta et rompit le projet. C'est que la plupart de ces antiques constitutions , n'ayant pour objet qu'un gouvernement ou l'autorité royale décorée d'un vain titre, n'étaient dans le fond qu'une vé-^ ritable servitude; elles ne pouvaient convenir à un temps où l'intérêt public a établi pour base de la commune sûreté, et concentré dans un seul toute l'autorité qui auparavant était répandue sûr une infinité de têtes.

A cette idée en succéda une autre à laquelle on s'arrêta par je ne sais quoi de spécieux qu'elle offrit, quoiqu'en effet les inconvéniens n'en fussent pas moindres : c'est l'établissement d'un conseil qu'on jugea à propos d'appeler conseil de raison^ dont les membres seraient nommés par l'assemblée , et dans la suite par les cours souveraines. Mais quoi! n'y avait-il pas déjà un conseil? et ce conseil n'était-il pas lui-même la cause trop marquée du désordre des finances et de la misère des peuples? N'importe, toute cette multitude se laissa si fort éblouir par un beau nom et par un choix nouveau , qu'on y proposa et qu'on y approuva de guérir par le mal le mal même. Il fut décidé que le nouveau conseil partagerait en deux portions égales tous les revenus royaux,

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