‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 136 sur 239 · LIVRE HUITIÈME. 3oi · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. 3oi

exécution. Il suffisait, pour en être pleinement convaincu , de la plus légère connaissance, des affaires de finance. Outre les obstacles que je viens de marquer, combien n'en devait-il pas naître de la seule jalousie que produirait le choix des membres du nouveau conseil , qui devaient être pris également de toutes les provinces du royaume! Cette apparence d'égalité et de justice, qui remettait nécessairement la conduite de Tétat à des hommes nouveaux et sans expérience, combien ne devait-elle pas occasioner de mécomptes et de bévues lorsqu'il s'agirait d'appliquer au détail un projet simplement ébauché ? Il était indubitable que la tête tournerait dès l'abord au nouveau conseil, et que toutes les démarches qu'il ferait ajouteraient faux pas sur faux pas.

De cette impossibilité même de tirer aucun fruit du projet de l'assemblée, je prenais le motif pour le roi d'y donner pleinement les mains. Par-là il remportait devant tout son peuple la gloire d'entrer avec douceur dans les vues qu'il avait tracées lui-même, et bien loin que cette complaisance allât à la diminution de l'autorité royale, elle ne pouvait manquer de lui procurer dans la suite l'avantage que toutes les parties des finances lui reviendraient avec plus d'indépendance, lorsque le nouveau conseil aurait fait la triste expérience de ses forces. Comme c'était l'assemblée ,

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on était si fort infatué du nouveau plan , qu'en suivant l'opinion du conseil, qui voulait que le roi le rejetât et l'annulât avec hauteur, sa majesté s'exposait à y faire naître un mécontentement d'autant plus grave, que les états assemblés ne connaissaient point de supérieur qui eût droit de les réformer , pas même le roi. Une des plus importantes maximes pour le gouvernement monarchique, est que le prince doit sur toutes choses se donner de garde de réduire ses sujets au point de lui désobéir d'effet, ou seulement de parole.' D'ailleurs le roi allait directement contre la parole qu'il avait donnée de se conformer aux résolutions de l'assemblée. Enfin tous ceux qui avaient donné l'idée du projet , et ceux qui l'avaient adopté, de cela seul que le roi l'aurait rejeté, s'opiniâtreraient toujours à le regarder comme le vrai système des affaires, tant qu'un commencement de pratique ne les détromperait pas de cette opinion, et ils feraient entendre dans la suite qu'il n'avait tenu qu'au prince seul qu'on ne vît enfin établir en France cet ordre après lequel on soupirait depuis si long -temps. On sait assez quel est le penchant des peuples , surtout de ceux qui ont l'esprit vif, à médire des actions du souverain.

D'un autre côté, il n'est pks moins certain que le projet était également ruineux et d'impossible

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